PHotoEspaña (3), Les découvertes.

Troisième et dernier billet à propos de l’édition 2017 de PHotoEspaña. Après les expositions patrimoniales et la carte blanche à Alberto Garcia-Alix, place aux jeunes. En effet, un des intérêts d’un grand festival de photographie, notamment lorsque qu’il se déroule hors de chez soi, est la possibilité qu’il nous donne de découvrir des œuvres venues d’ailleurs ou que l’on a pas ou peu l’occasion de découvrir près de chez soi.

Tout d’abord, rendez-vous à la Sala Canal de Isabel II pour « Un cierto panorama, reciente fotografia de autor en España ». La visite vaut le détour, le lieu est original, il s’agit d’un ancien château d’eau transformé en lieu d’exposition. Au rez-de-chaussée sont présentés des livres de photographie plus au moins récents, parfois sous verre, d’autres fois consultables. Un écran au centre, dans une pénombre bienvenue, présente un diaporama de séries photographiques d’une vingtaine de photographes, ainsi qu’au dernier étage. Au total ce sont des extraits de 48 travaux différents qui sont exposés.

Dans les étages, quelques artistes présentent leurs travaux. Deux coups de cœur : d’abord « Galerna 2007-2015 » de Jon Cazenave. On ne comprend pas trop de quoi il s’agit. Les cartels en espagnol seulement ne sont pas d’une grande aide. On trouve les informations sur le site de l’auteur. Celui ci, né au pays basque en 1978, dans son texte de présentation se propose de capter une sorte d’entre-deux entre l’identité basque forte face à la mondialisation. Je ne sais pas dans quelle mesure, cette volonté est manifeste dans les images exposées, tant celle-ci semble commune à beaucoup d’œuvres actuellement. Il n’en reste pas moins, je suis resté captivé par la force de ces photos assez mystérieuses et au clair obscur tranchant.

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From Galerna de Jon Cazenave.

Une autre série lui fait face. « Real » de Teo Barba. Avant même de voir les images, la scénographie de l’exposition, avec force barrière et murs pourpre, induit une distance avec l’objet représenté. En effet, Barba présente un ensemble d’images de sites royaux vidés de toute pompe, les bâtiments sont ainsi rendus à leur fonction première et utilitaire. Seule la mise en scène de l’exposition perpétue la pompe de la royauté.

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Ainsi de façon ludique, cette série nous soumet une réflexion intéressante sur l’incarnation dans les lieux du pouvoir royal. On pense évidemment à la réflexion de Kantoriwcz sur les deux corps du roi, celui humain et celui où s’incarne le pouvoir. Nous avons ici affaire aux deux maisons du roi, celles qu’il habite et celles qui sont habitées par le pouvoir, y compris en son absence. Les superposer ainsi revient à mettre à nu de façon ironique en s’attardant sur les détails le processus d’incarnation royale.

En bon complément à cette exposition enthousiasmante par la diversité des travaux présentés, deux autres lieux à Madrid proposent des images solitaires de photographes espagnols. En premier lieu, l’exposition du Premio internacional de fotografia Banca March à la Calcografia Nacional et de la Xème édition du prix fondation Enaire à l’institut Cervantès.

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De la première, j’ai surtout retenu une série de Jesus Labandeira « Cuando aun nevaba 1963-2016 » ci-dessus. Une mosaïque de vides et de pleins avec des images charnelles et d’autres plus topographiques avec une volonté d’inscription dans un territoire. La confrontation entre ces deux pôles marque l’ensemble d’un sentiment de mélancolie.

De la seconde, j’ai beaucoup aimé voir un tirage de la série « Vera y Victoria » by Mar Saez 2015 ci-dessous. Une série où la photographe suit avec pudeur et délicatesse un couple d’amoureuses. Le format choisi pour ces expositions de présenter à chaque fois une seule image (sauf pour Labandeira) est avouons-le est un peu frustrant tant il empêche de saisir une œuvre dans toute son ampleur éventuelle.

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Dans le parcours OFF, la Galerie Casa Sin Fin présente « two projects exhibition » d’Alejandro S. Garrido. Ce travail documente la modernisation de la grande artère centrale de Madrid (Gran Via) au début du XX° siècle en la juxtaposant avec celle en cours dans les centres ou en périphéries de diverses villes espagnoles au moment de la signature d’accord de défense avec les CEE en 1953 qui aboutira à l’adhésion de l’Espagne à l’Europe. Ce travail précis et rigoureux, au sens où il fuit toute joliesse et spectaculaire pour s’attarder sur des détails architecturaux en mutation sous l’effet de la politique internationale, trace en creux la ligne de fuite vers une modernité passée et présente qui semble inéluctable et duplicable à souhait.

Un mot sur « Pensar El Futuro, nuevos relatos fotograficos en Dakar » au centre culturel de la ville Fernan Gomez. Autant le titre de l’exposition est alléchant autant son parcours est décevant. De jeunes photographes sénégalais ayant participé à des ateliers organisés par « La Fabrica » sont exposés. L’initiative est louable mais le résultat n’a probablement pas sa place dans un festival international de photographie. Le rôle de tête chercheuse est ingrat mais là face aux images de mourides en transe, aux visages d’enfants éclairés par l’arrivée de l’eau dans les villages ou les images de lutteurs sénégalais, il devient patent que les commissaires de l’exposition ne sont pas aller chercher bien loin des photographes sénégalais exigeants.

Enfin, je termine sur l’exposition des 10 ans du prix Transatlantica, Confluencias à la Casa America. Autant certains jeunes photographes espagnols s’exportent, par les livres notamment, et sont donc un peu connus en dehors de leurs frontières, autant ici je suis allé de découverte en découverte de photographes sud-américains. En plus, les commissaires de l’exposition ont eu la fort bonne idée de présenter plusieurs images de chaque série exposée. J’y ai apprécié la série du bolivien Tatewaki Nio consacrée à une forme architecturale vernaculaire « Neo Andina architectural phenomenon » ci-dessous. Des images d’habitations au style biscornu et extravagant dans la ville de El Alto en Bolivie.

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Autre découverte, la série « Sweet & salted water » de Jorge Panchoaga. Cette série, au rendu spectralisé par l’effet de reflets sur l’eau et le velouté du noir & blanc utilisé, documente la détérioration de la qualité de d’eau et donc de la qualité de vie des pêcheurs colombiens.

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Autre continent, ici ou ailleurs, mêmes problématiques. Seul le regard permet de restituer à chacune sa singularité. C’est entre autres pour cela que la photographie est essentielle.

Merci Madrid et à l’année prochaine !

PHotoEspaña (2), les expositions patrimoniales.

Deuxième billet sur le festival PHotoEspaña à Madrid. A défaut d’avoir parcouru faute de temps les lieux du OFF, un constat s’impose, le festival est dominé par des expositions patrimoniales. Certaines d’entre elles permettent de découvrir une œuvre mythique d’un oeil nouveau, c’était le cas pour « Cafe Lehmitz revisited » d’Anders Petersen. D’autres comme celle d’Elliott Erwitt au Jardim Botanico, juxtapose des images historiques du Cuba révolutionnaire en 1964, autour des figures de Castro et Guevara avec en miroir l’enthousiasme de la population, et le Cuba de 2015 vu par le même photographe. Le procédé n’a rien de révolutionnaire mais n’est pas inintéressant non plus. Elliott Erwitt à son âge canonique propose des images de Cuba en 2015 où les plans de la foule enthousiaste de 1964 cèdent la place à une forme de solitude des protagonistes. D’où perce parfois un sentiment de désenchantement souligné par le contraste marqué des images et la présence nouvelle d’images de ruine.

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Cuba 2015, Elliott Erwitt.

Le musée Cerralbo présente une exposition de clichés inédits réalisés par le cinéaste espagnol Carlos Saura, España anos 50. Le jeune Saura, avant d’embrasser une carrière de cinéaste renommé, s’est intéressé à la région natale de ses parents en Espagne. Influencé par le néoréalisme et les photo-reporters américains tel Eugene Smith, Carlos Saura documente la vie des villageois. Autant dire que les conditions de vie étaient plus proches de celles du siècle dernier que du boom économique de l’Espagne après son adhésion à la Communauté européenne.

Le style documentaire de Saura est, dans cette série, assez répétitif, il multiplie les effets de profondeur de champ avec souvent un ou des visages d’enfant au premier plan. D’autres fois, face à la misère des habitants on reconnaît la touche humaniste. Dommage que les tirages numériques très plats ne restituent pas mieux la complexité recherchée dans la composition de certaines images.

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Umbo autoportrait au Leica, 1952.

L’espacio Fundaciôn Telefonica propose une vaste exposition Con Los Ojos Abiertos, Cien anôs de Fotografia Leica. La mythique marque d’appareils allemande propose dans l’espace Telefonica de revisiter son histoire en la superposant à celle plus ancienne de la photographie.

Cela débute donc par des images du créateur du premier appareil Leica, des exemples d’appareils d’époque sont disposés aussi dans le parcours. Cette partie historique laisse ensuite la place à un parcours d’images de genres divers réalisés par quasiment tous les grands noms de la photographie occidentale.

Le parcours répartit en salles consacrées au photoreportage, la photographie couleur, la photographie américaine et une partie importante dédiée à l’agence Magnum. J’ai noté au début du parcours une surreprésentation de photographes allemands inconnus, sans doute un effet du tropisme local compréhensible. En réalité il y a peu de surprises à découvrir.

Étrangement, certains photographes attendus comme Robert Frank sont absents de l’exposition . D’autres inattendus, sont eux présentés. L’exposition se clôt sur des images superbes des membres du collectif Tendance Floue, cocorico certes mais objectif et assumé.

Bref, il faut faire fi de l’ambiguïté de la démarche nécessairement mercantile de la part de Leica et de sa tentative de superposer son histoire certes légendaire avec celle de la photographie. Une fois cette chose faite, on parcourt un large pan de cette histoire composée de styles et de regards différents présentés dans des conditions optimales, bien documentées et contextualisés dans des tirages magnifiques.

(En haut, à gauche une image de Minor white, à droite deux portraits réalisés par Abe Franjndlich en 1972 et 1976).

Sur Gran Via, au sous-sol d’une boutique de luxe (LOEWE), est présentée une exposition de Minor White intitulée Metaforas. Composée d’une trentaine d’images, elle balaie brièvement la carrière du photographe et éditeur américain.

Cela débute par des vues de rues conventionnelles et se termine par des photos dans des poses et tenues suggestives ou queer du photographe réalisées par son compagnon jusqu’à près de sa disparition. Le cœur de l’exposition est centré sur les abstractions d’après nature, souvent un fragment ou un détail saisi de près par le photographe.

Les contrastes et teintes aux nuances délicates des tirages sont admirables. Toutefois, l’abstraction même sublimée par de magnifiques tirages n’empêche pas hélas un certain académisme en raison de la répétition de motifs désincarnés. L’œil y semble focalisé sur la façon de transformer des motifs interchangeables.

Enfin, raretés parmi les photos de Minor White sont ici présentées ses photos de nus masculins. On peut observer peu ou prou le même phénomène que dans ses abstractions d’après nature, une rigueur de composition et une attention extrême aux rendus de l’image qui inhibe tout rapport charnel ou sensuel à ces images.

Enfin, last but not least, l’exposition la plus importante de ce festival, Entropia y espacio urbano au Museo Ico consacrée au photographe italien Gabriele Basilico. Par le nombre d’œuvres exposées et son ampleur, cette exposition rend justice à l’œuvre magnifique de Basilico. Plusieurs séries sont présentées, des images réalisées en France pour la Datar, des images de Beirut post-guerre civile, des bords de mer ou de zones urbaines ou péri-urbaines dans plusieurs villes européennes. Dans le parcours, une série plus rare est présentée : Sezioni des paesigio italiano. S’inspirant des idées de l’architecte Stefano Boeri, Basilico découpe six « cuts » de 50 km par 12 sur le sol italien. Partant du centre vers la périphérie, Basilico dresse une typologie topographique de l’espace péri-urbain des villes italiennes. Les paysages y sont peu charmants, la rigueur de la composition et le protocole précis mis en place confèrent un aspect quelque peu janséniste à l’ensemble. Cependant, ce refus de la beauté facile ou du spectaculaire dense et bien documenté dresse à l’œil du regardeur une cartographie précise de ce que peut être ce type de paysage au-delà de la question de la beauté de l’environnement. C’est l’immanence de ces images qui saute aux yeux.

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De Naples à Caserte.

Après le charme romantique des ruines de Beirut dévasté, Basilico a parcouru l’Italie du nord au sud pour réaliser cette série. Esthétiquement, Sezioni des paesigio italiano s’oppose par le format des images, la froideur, et son protocole précis au charme des images de Beirut et donne à voir une autre facette de l’œuvre.

La modernité intemporelle des images de Basilico est le fruit d’un attelage subtil ; Une composition dynamique où s’imbrique avec harmonie éléments architecturaux bruts et noir & blanc qui emprunte au caravagisme pour la dramaturgie qu’elle induit, impossible d’isoler l’un de l’autre sans rompre cet équilibre inédit. Un mariage heureux pour l’oeil entre le froid du béton et la chaleur de la lumière.

Bilad es Sudan, photographies de Claude Iverné à la fondation HCB.

Lauréat du prix de la fondation Henri Cartier-Bresson en 2015, Claude Iverné expose jusqu’au 30 juillet dans les murs de la fondation, une série de photographies, Bilad es Sudan : pays des noirs en arabe.
Après la Maison des Métallos en 2012, c’est une nouvelle occasion qui s’offre au visiteur de voir les images du Soudan réalisées sur place depuis la fin des années 1990 par Claude Iverné.
L’exposition s’articule en deux temps et en deux espaces. D’abord, le premier étage consacré quasi exclusivement à son travail réalisé à la chambre au Soudan, le plus souvent à contre-jour ou du moins avec la source de lumière de côté. L’œil prend ses distances avec le sujet. Par manque de lumière sans doute, on y voit pas ou peu d’images d’intérieur. Seuls des bergers, des femmes près de leur abri, quelques ruines ou des champs au loin peuplent ces images dans un paysage aride habité de nomades. Plusieurs images présentent aussi des abris dépouillés où l’on se sent à l’abri de rien.
A l’étage suivant, c’est toute autre chose. Claude Iverné aurait souhaité continuer son travail de photographe sur place. Les circonstances de la guerre en ont décidé autrement. Il a quand même pu réaliser des images au Sud Soudan récemment indépendant. On y voit s’y former les prémices d’une société consumériste. Les images en couleur présentent des grosses voitures, des affiches au mur. Les signes précurseurs d’un début de développement économique qui tranchent avec la sécheresse des images en noir & blanc des nomades soudanais vues à l’étage du dessous.
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67614-01 Mnaïma Adjak, peuple Shénabla, clan Awasma, Dar Jawama, Kordofan Nord août 2001.
Par la suite, toujours en couleur, le photographe fait le parcours inverse. Il suit des réfugiés soudanais en Europe. Pas d’images du voyage. Le voyage n’intéresse pas Claude Iverné. Sur place, il a pu s’intéresser au Soudan. Désormais il s’intéresse aux soudanais. Il multiplie des portraits en grand format de visages, quelques plans larges de réfugiés parfois auprès de leur abri de fortune.
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L 1009122 et L 10009171, Anwar Abdalla et Siddik Adam, peuple Marrarit, sous procédure Dublin II, Bois de Vincennes, février 2016.
Certaines images résonnent étrangement entre elles. L’image de personnes debout près de la tente réalisée au Soudan fait écho à celle du réfugié près de son abri au Bois de Vincennes. La végétation y est plus luxuriante, un sentiment de damnation se forme à la vue des images et se diffuse d’image en image.
A l’étage, sur une table, l’auteur a disposé quelques objets vernaculaires, des guides, des cartes, des plaques métalliques de publicité, des allumettes soudanaises. A la vue de ces objets, on songe quelque peu au rapport qu’entretenait Walker Evans avec les objets futiles de la civilisation américaine.
Ce n’est sans doute pas par hasard que l’on peut y songer, la distance, la retenue et le refus de tout spectaculaire tracent les lignes d’une filiation nette entre Claude Iverné et le maître américain. Il n’y est jusque la typographie des couvertures des livres de photographie soudanaise qui ne fasse référence clairement à American Photographs.
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Naomi Baki, française, peuple Kresh Gbayadu Bahrel Ghazal, Soissons décembre 2011.
D’autres fois, on songe au maitre américain à la vue de ce portrait de cette femme debout adossée à une porte faite de planches en bois. Le sourire triste, le regard voilé rapproche ces deux portraits. Il y a pire comme inspiration et morale du regard.
C’est à des images du Soudan que l’on s’attendait de se voir confronté à la fondation HCB, Claude Iverné nous y offre un autre parcours, du lointain au plus proche. C’est cette évolution qui donne à l’ensemble sa force. L’éloignement s’y consume, le lointain y est aboli. Le regard teinté d’exotisme, gangue de l’Afrique vue par nous, finalement s’y dissout et nous dessille.

 

 

Exposition « Mémoire et lumière Photographie japonaise 1950-2000. La Donation Dai Nippon Printing Co., Ltd. » à la Maison Européenne de la Photographie.

La Mep présente jusqu’au 27 août 2017 une exposition constituée d’une série de donations au long cours débutée en 1992 faite à la Mep de la part d’une société d’impression japonaise Dai Nippon Printing Co. Cette exposition couvre toute la période de l’après-guerre au Japon en ce qu’il compte comme travaux de photographie notables.

Pas facile d’éviter le name-dropping ici, tant la liste des artistes exposés ici donne le tournis : Nobuyoshi Araki, Masahisa Fukase,  Eikoh Hosoe, Yasuhiro Ishimoto, Miyako Ishiuchi, Ihei Kimura,  Daido Moriyama, Ikko Narahara, Toshio Shibata, Hiroshi Sugimoto, Shomei Tomatsu, Shoji Ueda, Hiroshi Yamazaki. etc.

L’exposition s’articule en deux volets. Cela débute avec des études de l’impact de la double déflagration nucléaire qui a eu lieu au Japon en 1945.

Une première génération de photographes de sensibilités différentes, constituée notamment de Shomei Tomatsu et d’Hiromi Tsuchida, s’est attachée à patiemment documenter les effets de cet événement terrible.

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Shomei Tomatsu, Madame Katao, sa mère et son chien, 1961 De la série « Nagasaki ».

Des travaux présentés, par leur frontalité, la dureté des images présentées et la précision de l’approche documentaire voire cartographique mises en œuvre, tout ceci concourt à imbriquer de façon irrémédiable la photographie à l’événement.

La double déflagration a bouleversé pour plusieurs générations la vie des habitants et la nature même des régions touchées. A la vue des séries exposées, il semble dès lors évident que les effets de cette déflagration ont soufflé et renouvelé l’approche de la photographie documentaire au Japon post-catastrophes.

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Hiromi Tsuchida

 

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Détail

Après le premier cercle attaché à documenter les effets désastreux de la déflagration nucléaire, un deuxième cercle de photographes exposés est présenté dans les dernières salles de l’exposition. Ceux-ci ne sont pas nécessairement plus jeunes que les premiers mais différents dans leurs aspirations et leurs approches photographiques,

Par contraste avec les images de la première partie de l’exposition consubstantielles à l’événement, les images exposées ici semblent être le fruit d’une recherche plus personnelle, moins attachés à documenter les effets de la grande Histoire, plus sensible à une approche subjective du monde. De Moriyama est présenté un mur d’images issues de plusieurs séries post-Provoke, sur le mur d’en face on retrouve Le Voyage Sentimental de Araki, entre les deux sur le côté on trouve quelques images de The Solitude of Ravens de Masahisa Fukase.

Les amateurs  assidus de photographie japonaise objecteront, pas tout à fait à tort, qu’on voit encore et toujours les mêmes auteurs. Néanmoins, en tout cas pour ma part, il ne faut pas bouder son plaisir de voir ces séries ensemble et dans de très beaux tirages.

Aussi, parmi tous les photographes présentés, se sont glissés quelques-uns dont on a sûrement moins l’occasion de voir les travaux. Je veux évoquer les travaux de deux d’entre eux.

Ainsi, Ryuji Miyamoto a réalisé dans une enclave au cœur de Hong-Kong à Kowloon city Walled une série intitulée « Architectural Apocalyspe ». Les images de cette cité anarchique, constituée de modules superposés et qui sera détruite après la rétrocession du territoire à la Chine, sont spectaculaires. Elles forment un précipité d’images qui font se télescoper dans l’imaginaire du regardeur les a priori attachés à la modernité et l’anarchie du territoire britannique avant sa rétrocession. Hong-Kong, enclave de modernité dans une Asie qui le serait moins, portant à son tour une enclave anarchique en son sein, Kowloon city Walled.

Dans cette série, Miyamoto sonde l’imaginaire pré-établi du regardeur en effeuillant une à une ces couches de clichés accumulés à propos d’Hong-Kong et de la Chine.

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De la série Architectural Apocalypse, Ryujy Miyamoto.

Une autre série a attiré mon regard dans l’exposition. Entreprise en 1974 par Hiroshi Yamazaki, il s’agit de la série intitulée « Héliographie ».

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Vue de l’exposition.

Le procédé est simple, l’auteur place sa caméra face à la mer et enregistre dans de très longues expositions les effets sur la surface de la mer du déplacement du soleil au-dessus de la ligne d’horizon. Le résultat combine la rigueur de la photographie conceptuelle avec une forme de lyrisme discret et invite le regardeur à la contemplation. Nous sommes face à ces images loin du fracas du monde longuement documenté dans le reste de l’exposition.

Enfin, dernier point à signaler dans cette exposition l’absence de certains photographes ou travaux, notamment ceux relevant de la contestation formelle. Il est par exemple difficilement compréhensible au regard de leur importance que des images de Takuma Nakahira soient absentes de ce vaste panorama.

Le site de l’exposition : https://www.mep-fr.org/event/memoire-et-lumiere/

 

 

« Tokyo » de Gerry Johansson à la Galerie Vu. Le noir et blanc Fauve.

« Chacun a pu faire l’observation selon laquelle une représentation, en particulier une sculpture, ou mieux encore un édifice, se laissent mieux appréhender en photo qu’en réalité ». Walter Benjamin, « Petite histoire de la photographie », dans Études photographiques, 1, novembre 1996, mis en ligne le 18 novembre 2002. (http://etudesphotographiques.revues.org/index99.html).

La galerie VU à Paris présente actuellement de magnifiques tirages de la série « Tokyo » réalisés au cours des dernières années par le photographe suédois Gerry Johansson.

Les rapports entre architecture et photographie sont aussi anciens que la photographie. Il n’y est de longue période dans l’histoire de la photographie qui n’ait été travaillée et pensée par le rapport du regard photographique à un environnement façonné par l’architecture. Si l’architecture nous offre le refuge que nous habitons, il va sans dire que notre rapport au monde est habité aussi par la façon dont l’architecture conditionne nos vies et notre rapport au monde.

Quelques uns et non des moindres parmi les photographes, ont formé le projet d’interpréter aux moyens de la photographie la dynamique spatiale et temporelle d’un concept concret d’architecture.

Dans la série exposée, la dynamique spatiale de Tokyo telle que saisie par Gerry Johansson se manifeste, pour les moyens formats exposés,par une recherche permanente du plus grand écart possible entre le vertical et l’horizontal, la fréquente frontalité des motifs architecturaux et une prédilection pour des façades et des sols carrelés de blanc figurant comme une diffraction visuelle dans un univers assez homogène.

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Dans une autre salle de l’exposition, on peut voir dans des formats plus petits, des images plus traditionnelles de ce Japon aux basses maisons traditionnelles, un jeu d’opposition entre végétal et solide, entre les lignes anguleuses des maisons et formes plus rondes y est à l’œuvre.  Plastiquement, les contrastes des tirages de cette partie de l’œuvre exposés sont moins accentués que dans la partie plus monumentale.

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Jusque-là cela pourrait sembler théorique et froid. Il n’en est heureusement rien.

De prime abord lorsque l’on contemple les images de Gerry Johansson on est frappé par leur dépouillement. Peu de motifs, un cadre précis et un champ sans fioritures.

Cependant, tout cela forme un ensemble stylistique à la rigueur quasi-luthérienne qui serait bien ennuyeux si la richesse matérielle du tirage ne transformait cette base épurée en un ensemble aux nuances de gris infinies, aux effets de contrastes si subtils que le regard s’absorbe dans sa contemplation.

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La gamme des noirs y est déployée dans toutes ses nuances, les arrangements de blanc et de gris offrent une richesse de valeurs qui ravissent le regard.

Des peintres amateurs d’arrangement de couleurs explosives ont été qualifiés de Fauves. Des photographes maniant avec précision et autant de nuances les trois couleurs basiques du noir et blanc devraient aussi trouvaient ici un terme plus juste qui qualifierait ce plaisir immédiat que l’on trouve à contempler leurs tirages.

Bref, vous l’aurez compris, il n’est pas question de rater l’occasion trop rare qui nous est offerte d’aller à la Galerie Vu admirer les tirages de Gerry Johansson.

 

 

De retour d’Arles ; Partie 3 : Les illustres anciens.

Pour débuter, honneur au plus illustre des anciens dont les Rencontres présentent une rétrospective, j’ai nommé le photographe anglais Don McCullin (81 ans). L’originalité de cette exposition « Looking Beyond the Edge » à l’Église Sainte-Anne est de ne pas s’attarder sur les photos de guerre réalisées par Mc Cullin et qui figurent aujourd’hui au panthéon du genre.

En parcourant les continents et les zones de guerre du Vietnam en Irlande du Nord et de Beyrouth au Biafra, le photographe anglais a réalisé des images qui ont certainement marqué leur époque et qui reste aujourd’hui encore extrêmement reconnaissables. Mais il n’a pas réalisé que des images de guerre. C’est tout l’intérêt de cette exposition de le montrer.

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Bradford vers 1973.

En effet, à côté de quelques icônes maison exposées en grand format ou dans leurs publication presse d’origine, on peut voir ou revoir le travail documentaire de Mc Cullin et probablement découvrir son travail sur la nature et le paysage.

Le jeune Mc Cullin a beaucoup photographié et avec tendresse son environnement social décati de l’après guerre ; Puis, parallèlement à son travail de reporter de guerre, il a posé son regard sur une misère sociale du nord de l’Angleterre plus aiguë encore que celle qui l’a vu grandir.

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Bradford vers 1973.

L’autre versant exposé dans l’œuvre de Mc Cullin, plus nouveau pour moi , est son travail sur le paysage et notamment la nature qui entoure sa demeure du Somerset.

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Somerset, vers 1988.

Je dois dire que ce travail sur le paysage m’a peu convaincu. Autant j’apprécie son travail social et évidemment son travail sur les conflits, autant ses paysages très sombres m’ont semblé relever d’une veine esthétisante que je goûte peu d’habitude. En comparant cette série avec ses autres images, j’étais assez étonné de voir si peu de tendresse ou de joie dans ces paysages alors que ses images terribles de guerre dégagent une empathie qui les rend bien plus supportables et émouvantes.

Les commissaires de l’exposition évoquent au sujet de ces paysages la veine romantique allemande. Certes, il y a des similitudes dans la méthode mais vu l’aspect apocalyptique de la noirceur des paysages, j’y vois comme un exorcisme des misères de la guerre projetées à vide sur le spectacle de la nature. Et ce n’est hélas pas très emballant.

Les vieux photographes, semble-t-il, supportent de moins en moins de voir des humains sur leur images. L’évolution de Mc Cullin me rappelle, toutes proportions gardées, celle de Koudelka qui lui aussi ne photographie plus d’êtres humains ou du moins ne montre plus de telles images et vogue vers une sorte d’abstraction graphique et politique quelque peu désincarnée.

La photographie étant affaire de contraste, enchaîner les expositions doit l’être aussi. Alors après la noirceur de Mc Cullin j’ai pris la direction de la chaleur et de la beauté colorée des images de Bernard Plossu.

Étonnamment, le français âge de 71 ans a droit cette année à sa première exposition personnelle aux Rencontres, « Western Colors » à la salle Henri-Comte.

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A droite : White Sands USA 1980.

La petite salle contient une vingtaine de tirages, ce qui est assez peu je trouve vu le corpus Plossuéen. Tant aussi que les images de Plossu, vues et revues, inspirent pour beaucoup d’entre elles une joie profonde et sereine.

D’aucun considèrent les procédés de tirages alternatifs tels que le Fresson comme pictorialistes voire réactionnaires.

Pictorialiste ça l’est certainement un peu en ce que le photographe vise ici peu au réalisme mais réactionnaire je ne crois pas. La particularité des procédés de tirage alternatifs est que cela concentre notre regard dans le cadre et obère pour un temps le hors champ.

Si l’on regarde un daguerréotype aujourd’hui on va probablement s’attarder sur l’objet plus que sur le sujet cadré et hors cadre. Lorsque le tirage argentique aura malheureusement disparu, il est fort probable qu’on regardera les tirages argentiques avec autant de curiosité que celle avec laquelle on regarde aujourd’hui les tirages Fresson .

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L’imprécision ontologique du procédé Fresson s’accorde parfaitement avec les évocations d’un imaginaire fécond qui a nourrit Plossu lors de ses voyages vers l’ouest. Il crée ainsi un équilibre instable mais puissamment évocateur entre la matérialité physique de l’image et l’imaginaire qui l’a nourrit.

Alors, malgré toute la couleur sur ces images, c’est bien dans une zone grise interstitielle entre réel et imaginaire que s’inscrivent les photographies de Bernard Plossu. C’est par cette zone grise que l’on peut cheminer quelques instants dans l’imaginaire coloré du photographe. Et de son tireur.

 

 

European Photo Exhibition Award 03 à la Fondation Calouste Gulbenkian-Paris.

La trop discrète antenne parisienne de la Fondation Calouste Gulbenkian présente actuellement les travaux des douze lauréats de l’European Photo Exhibition Award 03.

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La trop discrète antenne parisienne de la Fondation Calouste Gulbenkian présente actuellement les travaux des douze lauréats de l’European Photo Exhibition Award 03.

Les artistes ont été invités à travailler sur le thème de Shifting boundaries. Landscapes of Ideals and Realities in Europe. Frontières et paysages deux thèmes fortement connectés que les photographes présentés questionne chacun avec sa sensibilité et son regard, offrant ainsi une variété de points de vus assez intéressante.

On attaque l’exposition par un diaporama des photographies du hongrois Ildiko Péter (1980).

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L’année 2015 a vu l’arrivée d’un nombre sans précédent de réfugiés en Europe. Pour tenter d’y faire face, le gouvernement hongrois a décidé de construire une barrière de 4 mètres de haut sur 170 km le long de la frontière avec la Serbie. Le flux de réfugiés se déportant sur les pays voisins,  la Hongrie a rapidement élevé une autre barrière de 40km de long à sa frontière avec la Croatie.

Dans ce travail, Ildiko Péter documente  l’impact concret de ces décisions sur le paysage. On y voit des barrières et des hauts murs de barbelés apparaître pour ainsi dire au milieu  de nulle part.

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Pas d’humains visibles dans ces images. On y voit seulement les instruments de contrôle déployés à cet égard et que d’aucuns qualifient d’instruments de régulation.

L’absence de réfugiés ou de policiers aux frontières dans ces images accentue l’aspect absurde de ces actions dans le paysage vide.

Le paysage ainsi transformé et maltraité est aussi notre paysage mental et humaniste défigurés. L’effet de ces transformations semble désormais s’y inscrire pour longtemps.

A ces frontières qui barre la route, répond une autre frontière interne, celle qui sépare la capitale chypriote en deux parties, la république de Chypre et la partie turque de l’île. La photographe italienne Arianna Arcara (1984) documente l’existence de cette barrière dans sa série The Other Side ( Where Time Passes by But Stands Still, 2015.

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Cas unique désormais depuis la chute du mur de Berlin, la capitale Nicosie est coupée en deux.

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La photographe documente les traces brutes de cette séparation artificielle telle une survivance d’un passé encore présent mais qui semble anachronique et obsolète. Il y a comme un écho optimiste dans ces images à voir l’aspect décati de ces barrières.

Pas de frontières concrètes dans le travail de Marthe Aune Eriksen (1975) dans sa série The Vocabulary of Shadows, 2016.

Dans cette suite d’images monochromes de gris aux contrastes subtiles, c’est à une cartographie mentale de nos frontières que nous sommes conviés.

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Là, une zone de dépression sombre vient délimiter des surfaces planes, ailleurs des images de pierres émergent et vient rompre la platitude l’image.

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En complément d’autres travaux de topographiques quasi documentaire présentés dans l’exposition, cette série d’images, à la fois très concrètes dans sa littéralité et abstraites dans sa puissance d’évocation, nous rappelle à cette vérité première que toute frontière est fondamentalement une rupture aussi infime soit-elle dans la continuité spatiale. Et la force de ce travail est d’inscrire pleinement cette définition dans le champ photographique.

Ensuite, deux zones de guerre sont présentes dans les travaux exposés.

D’abord, il y a la série Kowitsch de Robin Hinsch (1987). Au cours de différents voyages, le photographe allemand a  rapporté des images réalisés au Donbass, cette région orientale de l’Ukraine théâtre sanglant de la guerre civile ayant éclaté à la suite de l’élection présidentielle de 2015 aux résultats contestés.

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De ce conflit peu documenté le photographe rapporte des images de destruction ou d’abandon. Curieusement, il y a comme une touche panthéiste dans l’alternance de ces portraits de jeunes soldats et de zones de guerre. Une impression accentuée par la pose doloriste des soldats et la taille des images proche des canons picturaux du genre.

L’autre conflit présent dans le parcours est le conflit Israélo-palestinien. Probablement l’un des plus documentés aujourd’hui.

Dans sa série Today i Am Human, 2015, le photographe norvégien Elvind H.Natvig (1978) dresse le portrait de réfugiés palestiniens. Deux approches sont à l’œuvre dans cette série.

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Dans la première, les visages des réfugiés est cadré de près en grand format. Si l’on regarde de plus près on peut apercevoir une superposition de motifs à l’image.

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Eivind H. Natvig from series title : Today I am a human format: 30x40cm technical: pigment print on silk paper year: 2015 (1950).

En effet, sous le visage de chaque réfugié portraituré on peut d’abord apercevoir des images des territoires palestiniens et d’Israël. Plus loin encore, on peut apercevoir des images de vestiges de villages palestiniens que les ancêtres de ces réfugiés ont dû fuir en 1948.

L’autre approche de la série consiste en une série d’images où des réfugiés ont été invités par le photographe à écrire en arabe leurs histoires d’exil en Norvège. Et ces récits bouleversants occupent à chaque fois toute la surface de l’image sur fond noir.

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Quand on sait la difficulté de documenter un conflit qui se déroule quasiment sous nos yeux ébahis tous les jours, il faut apprécier le travail décalé du photographe norvégien.

En effet, comment montrer le déracinement. Photographiquement parlant, cette question est abordée de biais ou parfois plus frontalement. Le choix ici de Natvag est de l’inscrire tel un palimpseste à l’œuvre. Un palimpseste de l’image et des sujets de l’image. Et c’est assez beau.

Quant au choix de montrer des lettres, il est aussi surprenant que réussi. En effet, que peut une image face une vie jalonnée de drames et de ruptures. On dit d’une certaine photographie qu’elle donne la parole à ceux qui ne l’ont pas. C’est ce que fait ici le photographe. Il met en scène l’échec de toute photographie à résumer en images tant de souffrance. C’est délicat et respectueux à la fois d’une certaine idée de la pratique photographique et surtout des sujets de cette photographie.

Un autre photographe a retenu toute notre attention. Il s’agit de Jakib Gansleimer (1990) auteur de la série Lovely Planet : Poland, 2015.

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A la manière d’un guide de voyages, le photographe associe des images de Pologne, ses cités médiévales restaurés, ses logements ouvriers délabrés, ses centres commerciaux à l’architecture originale à des écrits descriptifs usant du même ton que ceux des guides touristiques.

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Certaines images de la série sont plastiquement superbes et donnent presque envie non pas d’envahir mais seulement de visiter la Pologne.

Par ailleurs, à la beauté des images exposées, s’ajoute la pertinence de l’installation. En effet, derrière son aspect léger où chaque texte peut être associé à l’image le jouxtant tel un jeu de Leggo, il s’agit aussi d’exposer de façon ludique la vanité de toute démarche topographique potentiellement composée et recomposée à l’infini dans l’œil du photographe et dans l’esprit du regardeur.

En fin de parcours est exposée la série The Boys are Back, 2015 de Christina Werner (1976) qui présente ses travaux de recherche sur les réseaux et le discours de l’extrême droite en Europe. Cette installation sonore contient une projection vidéo, des collages photographiques et un livre.

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L’image ci-dessus est extraite d’une vidéo volontairement décadrée, le son de différents discours aux intonations martiales de leaders d’extrême droite européenne est diffusé en boucle.

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Les mosaïques de collages photographiques recomposent des images disparates de rassemblements d’extrême droite. Rien ne ressemble plus au foisonnement de bannières levées  dans une manifestation d’extrême droite que la même chose dans une autre manifestation du même tonneau aux quatre coins de l’Europe. L’effet d’assemblage assez efficace est proportionnel à l’inquiétude qui peut nous saisir à la vue de ces images.

Ainsi, Christina Werner nous donne à voir et à écouter les signes inquiétants de la continuité spatiale et temporelle des réseaux de l’extrême droite européenne.

Ce travail de l’artiste autrichienne sera rassemblé dans un livre à venir « Neues Europa ».

Il n’était pas inutile, loin de là, de nous rappeler en fin d’exposition, à quel point l’extrême droite peut faire partie de notre paysage culturel, social et politique en Europe et quel impact peut-elle sur le modelé des frontières intra et extra-europoéennes et donc sur une partie de ce qui nous détermine.

Enfin, il faut saluer le travail des commissaires de l’exposition pour la richesse et la vigueur des travaux exposés.

Le site de l’EPEA : http://www.epeaphoto.org/

Le site de la délégation parisienne de la Fondation Gulbenkian : http://www.gulbenkian-paris.org/expos_en_cours