« Spéculaire » d’Édouard Taufenbach d’après la Collection Sébastien Lifshitz à la Galerie Binôme. Faire hennir les archives du plaisir

La galerie parisienne Binôme présente la première exposition monographique du photographe Édouard Taufenbach intitulée comme la série présentée « Spéculaire ».

Poursuivant une approche expérimentale de la photographie, Taufenbach puise dans l’imagerie vernaculaire ou anonyme sa source d’inspiration. Pour cette série, il a travaillé à partir d’images issues de la collection de photographies anonymes de Sébastien Lifshitz.

Un pan connu jusqu’ici de cette collection a été rassemblé dans un livre et une exposition éponymes « Mauvais genre ». A travers la collecte de photographies anonymes de personnages célèbres ou totalement inconnus, il y était fait la part belle à une lecture minoritaire et inclusive du genre, de l’inclinaison sexuelle et du travestissement.

C’est une partie plus large de cette collection mais non exclusive de celle connue jusque là qu’exploite Taufenbach pour cette série. Celle-ci se concentre autour des figures du corps libre, du loisir et du désir assouvi ou non.

Pour déployer sa démarche de création à partir de l’archive, le travail de l’artiste exploite simultanément plusieurs fonctions de chaque image.

Toute image étant destinée par nature à créer de la mémoire et à camper instantanément une archive du présent pour le futur, l’anonymat de ses sujets renforce nécessairement la fonction d’archive de ces images. Tout l’intérêt du travail de l’artiste est de donner une nouvelle destination autre que mémorielle à ces images.

Pour ce faire, après un travail de sélection dans la vaste collection Lifshitz, l’artiste en prélève des parties pour les assembler dans des collages qui créent à la surface une matière nouvelle à plusieurs facettes.

L’artiste détourne cette mémoire flottante relative à des référents anonymes. Cette source souple sied particulièrement à une reformulation de la figure du corps sans contrainte qui est développée dans cette série.

Le corps ainsi libéré et ses sujets ainsi reconfigurés libèrent les images du poids mémoriel qui pèse sur chaque archive isolée.

Ce travail de réarrangement et d’abstraction de l’archive fixe un nouveau référent commun à l’ensemble. A la mémoire perdue d’archives d’individus anonymes, il substitue un nouveau référent spatial fragmenté et manufacturé sur mesure qui agrège les corps disséminés et les relie.

C’est le prodige du travail de Taufenbach de créer cet attelage inédit d’abstraction et de matérialisme hédoniste. Dans l’espace de ces œuvres, les sujets s’épanouissent et piquent nos rétines d’un plaisir visuel et sensuel profonds.

Image en une : Edouard Taufen­bach, série SPÉCULAIRE, 2018, cour­tesy Gale­rie Binome
121 tirages argen­tiques sur papier Ilford MGRC Cool­tone d’une photo­gra­phie ancienne issue de la Collec­tion Sébas­tien Lifshitz

 

 

 

Publicités