Hercule Florence et l’invention de la photographie.

En partenariat avec la SFP, la Fondation Calouste Gulbenkian (Paris) organisait le 3 juillet dernier une conférence de présentation du livre de Boris Kossoy « Hercule Florence, La découverte isolée de la photographie au Brésil » paru en 2016 aux éditions l’Harmattan.

En compagnie de P-L Roubert historien de la photographie et professeur, Président de la Société Française de Photographie et d’André Gunthert historien de la photographie et maître de conférence à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Boris Kossoy architecte de formation, professeur titulaire à l’École de Communication et d’Arts de l’Université de São Paulo, également photographe et historien de la photographie, s’est exprimé en français au public présent sur les circonstances qui l’ont amené à s’intéresser à Hercule Florence et le contexte au Brésil lorsque celui-ci y inventa la photographie.

Dans les années 1970 Boris Kossoy écrit, entre autres activités, des chroniques sur la photographie dans un journal de São Paulo lorsque son attention est attirée par une connaissance sur une somme de documents appartenant à un dénommé Hercule Florence et collectée par un de ses nombreux descendants.

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Portrait de Hercule Florence, ca. 1875. Courtesy Instituto Hercule Florence (Arnaldo Machado Florence Archive), São Paulo.

Personnage romanesque, le franco-monégasque Hercule Florence a 20 ans en 1824 quand il embarque à bord d’un navire pour le Brésil. Il y a tout d’abord participé en tant d’illustrateur à une longue expédition en Amazonie financée par la Russie avant d’y exercer divers autres métiers. Par la suite en 1830, il s’établira définitivement avec son épouse brésilienne à Campinas et y mènera une vie d’inventeur protéiforme. (Voir sa fiche wikipedia pour avoir un aperçu de sa riche biographie https://fr.wikipedia.org/wiki/Hercule_Florence)

En se plongeant dans le fonds Florence, B. Kossoy a rapidement la certitude d’avoir mis la main sur quelque chose d’important pour l’histoire de la photographie.

En effet, Florence consigne scrupuleusement dans son journal chacune de ses expérimentations. En 1833, à l’aide d’un voisin pharmacien il mène diverses expériences photosensibles dont une le 15 janvier avec des nitrates d’argent.

Il est l’auteur de la première occurrence attestée du terme « photographie » le 22 octobre 1833 dans son journal soit cinq ans avant la date conventionnelle de l’invention de la photographie fixée au jour de la présentation par Arago à l’Académie des sciences de l’« invention » de Daguerre le 7 janvier 1839.

Ainsi, les premières photographies connues de Florence sont un diplôme maçonnique et des étiquettes de médicaments pour son ami et voisin pharmacien. Par la suite, ce procédé onéreux de photographie sera abandonné par Florence. A ce jour, il est donc l’auteur des plus anciennes marques attestées d’invention de la photographie.

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Hercule Florence, Photographic copy of pharmacy labels obtained through direct contact with photosensitive paper under the action of sunlight, ca. 1833. The lower left margin reads (in reverse): “Photography by H. Florence, inventor of photography.” © Instituto Moreira Salles.

André Gunthert précise à juste titre que si beaucoup se sont intéressés au début du 19ème siècle ou avant à la photo-sensibilité et à la photographie dont probablement Arago dès 1810 même s’il n’en existe aucune preuve tangible aujourd’hui. Ainsi, l’intérêt majeur de la découverte de Hercule Florence par Boris Kossoy est d’en apporter des preuves écrites et documentées.

Le livre de Kossoy a été publié pour la première fois en portugais en 1976 au Brésil. Concomitamment à une exposition des œuvres de Florence qui a lieu en ce moment à Monaco, la traduction française est enfin disponible.

Ainsi, alors que l’histoire officielle de l’invention de la photographie est encore source de disputes picrocholines entre français et anglais, l’irruption de Florence dans le paysage vient bousculer nos certitudes quelque peu ethnocentrées.  Cette irruption permet aussi de poursuivre encore l’écriture de l’histoire de la photographie. Il ne saurait bien sur ici être question d’une quelconque recherche d’origine « pure » et sans doute vaine de la photographie mais simplement d’en permettre une historiographie plus juste, contradictoire et étayée.

Cependant, pour les plus chauvins parmi nous ou amateurs de controverses, le débat n’est que naissant entre monégasques et français afin de s’attribuer la paternité de cette lointaine et isolée invention.

Pour en savoir plus, un article très complet en anglais de Natalia Brizuela :  http://aperture.org/blog/light-writing-tropics/

Le site de l’éditeur : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=52245

 

 

 

 

 

 

 

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