PHotoEspaña (3), Les découvertes.

Troisième et dernier billet à propos de l’édition 2017 de PHotoEspaña. Après les expositions patrimoniales et la carte blanche à Alberto Garcia-Alix, place aux jeunes. En effet, un des intérêts d’un grand festival de photographie, notamment lorsque qu’il se déroule hors de chez soi, est la possibilité qu’il nous donne de découvrir des œuvres venues d’ailleurs ou que l’on a pas ou peu l’occasion de découvrir près de chez soi.

Tout d’abord, rendez-vous à la Sala Canal de Isabel II pour « Un cierto panorama, reciente fotografia de autor en España ». La visite vaut le détour, le lieu est original, il s’agit d’un ancien château d’eau transformé en lieu d’exposition. Au rez-de-chaussée sont présentés des livres de photographie plus au moins récents, parfois sous verre, d’autres fois consultables. Un écran au centre, dans une pénombre bienvenue, présente un diaporama de séries photographiques d’une vingtaine de photographes, ainsi qu’au dernier étage. Au total ce sont des extraits de 48 travaux différents qui sont exposés.

Dans les étages, quelques artistes présentent leurs travaux. Deux coups de cœur : d’abord « Galerna 2007-2015 » de Jon Cazenave. On ne comprend pas trop de quoi il s’agit. Les cartels en espagnol seulement ne sont pas d’une grande aide. On trouve les informations sur le site de l’auteur. Celui ci, né au pays basque en 1978, dans son texte de présentation se propose de capter une sorte d’entre-deux entre l’identité basque forte face à la mondialisation. Je ne sais pas dans quelle mesure, cette volonté est manifeste dans les images exposées, tant celle-ci semble commune à beaucoup d’œuvres actuellement. Il n’en reste pas moins, je suis resté captivé par la force de ces photos assez mystérieuses et au clair obscur tranchant.

IMG_20170716_115831
From Galerna de Jon Cazenave.

Une autre série lui fait face. « Real » de Teo Barba. Avant même de voir les images, la scénographie de l’exposition, avec force barrière et murs pourpre, induit une distance avec l’objet représenté. En effet, Barba présente un ensemble d’images de sites royaux vidés de toute pompe, les bâtiments sont ainsi rendus à leur fonction première et utilitaire. Seule la mise en scène de l’exposition perpétue la pompe de la royauté.

IMG_20170716_115653

Ainsi de façon ludique, cette série nous soumet une réflexion intéressante sur l’incarnation dans les lieux du pouvoir royal. On pense évidemment à la réflexion de Kantoriwcz sur les deux corps du roi, celui humain et celui où s’incarne le pouvoir. Nous avons ici affaire aux deux maisons du roi, celles qu’il habite et celles qui sont habitées par le pouvoir, y compris en son absence. Les superposer ainsi revient à mettre à nu de façon ironique en s’attardant sur les détails le processus d’incarnation royale.

En bon complément à cette exposition enthousiasmante par la diversité des travaux présentés, deux autres lieux à Madrid proposent des images solitaires de photographes espagnols. En premier lieu, l’exposition du Premio internacional de fotografia Banca March à la Calcografia Nacional et de la Xème édition du prix fondation Enaire à l’institut Cervantès.

IMG_20170715_125938[1]

De la première, j’ai surtout retenu une série de Jesus Labandeira « Cuando aun nevaba 1963-2016 » ci-dessus. Une mosaïque de vides et de pleins avec des images charnelles et d’autres plus topographiques avec une volonté d’inscription dans un territoire. La confrontation entre ces deux pôles marque l’ensemble d’un sentiment de mélancolie.

De la seconde, j’ai beaucoup aimé voir un tirage de la série « Vera y Victoria » by Mar Saez 2015 ci-dessous. Une série où la photographe suit avec pudeur et délicatesse un couple d’amoureuses. Le format choisi pour ces expositions de présenter à chaque fois une seule image (sauf pour Labandeira) est avouons-le est un peu frustrant tant il empêche de saisir une œuvre dans toute son ampleur éventuelle.

IMG_20170716_142456

Dans le parcours OFF, la Galerie Casa Sin Fin présente « two projects exhibition » d’Alejandro S. Garrido. Ce travail documente la modernisation de la grande artère centrale de Madrid (Gran Via) au début du XX° siècle en la juxtaposant avec celle en cours dans les centres ou en périphéries de diverses villes espagnoles au moment de la signature d’accord de défense avec les CEE en 1953 qui aboutira à l’adhésion de l’Espagne à l’Europe. Ce travail précis et rigoureux, au sens où il fuit toute joliesse et spectaculaire pour s’attarder sur des détails architecturaux en mutation sous l’effet de la politique internationale, trace en creux la ligne de fuite vers une modernité passée et présente qui semble inéluctable et duplicable à souhait.

Un mot sur « Pensar El Futuro, nuevos relatos fotograficos en Dakar » au centre culturel de la ville Fernan Gomez. Autant le titre de l’exposition est alléchant autant son parcours est décevant. De jeunes photographes sénégalais ayant participé à des ateliers organisés par « La Fabrica » sont exposés. L’initiative est louable mais le résultat n’a probablement pas sa place dans un festival international de photographie. Le rôle de tête chercheuse est ingrat mais là face aux images de mourides en transe, aux visages d’enfants éclairés par l’arrivée de l’eau dans les villages ou les images de lutteurs sénégalais, il devient patent que les commissaires de l’exposition ne sont pas aller chercher bien loin des photographes sénégalais exigeants.

Enfin, je termine sur l’exposition des 10 ans du prix Transatlantica, Confluencias à la Casa America. Autant certains jeunes photographes espagnols s’exportent, par les livres notamment, et sont donc un peu connus en dehors de leurs frontières, autant ici je suis allé de découverte en découverte de photographes sud-américains. En plus, les commissaires de l’exposition ont eu la fort bonne idée de présenter plusieurs images de chaque série exposée. J’y ai apprécié la série du bolivien Tatewaki Nio consacrée à une forme architecturale vernaculaire « Neo Andina architectural phenomenon » ci-dessous. Des images d’habitations au style biscornu et extravagant dans la ville de El Alto en Bolivie.

IMG_20170717_131043[1]

Autre découverte, la série « Sweet & salted water » de Jorge Panchoaga. Cette série, au rendu spectralisé par l’effet de reflets sur l’eau et le velouté du noir & blanc utilisé, documente la détérioration de la qualité de d’eau et donc de la qualité de vie des pêcheurs colombiens.

IMG_20170717_130716[1]

Autre continent, ici ou ailleurs, mêmes problématiques. Seul le regard permet de restituer à chacune sa singularité. C’est entre autres pour cela que la photographie est essentielle.

Merci Madrid et à l’année prochaine !

PHotoEspaña (2), les expositions patrimoniales.

Deuxième billet sur le festival PHotoEspaña à Madrid. A défaut d’avoir parcouru faute de temps les lieux du OFF, un constat s’impose, le festival est dominé par des expositions patrimoniales. Certaines d’entre elles permettent de découvrir une œuvre mythique d’un oeil nouveau, c’était le cas pour « Cafe Lehmitz revisited » d’Anders Petersen. D’autres comme celle d’Elliott Erwitt au Jardim Botanico, juxtapose des images historiques du Cuba révolutionnaire en 1964, autour des figures de Castro et Guevara avec en miroir l’enthousiasme de la population, et le Cuba de 2015 vu par le même photographe. Le procédé n’a rien de révolutionnaire mais n’est pas inintéressant non plus. Elliott Erwitt à son âge canonique propose des images de Cuba en 2015 où les plans de la foule enthousiaste de 1964 cèdent la place à une forme de solitude des protagonistes. D’où perce parfois un sentiment de désenchantement souligné par le contraste marqué des images et la présence nouvelle d’images de ruine.

IMG_20170713_103922
Cuba 2015, Elliott Erwitt.

Le musée Cerralbo présente une exposition de clichés inédits réalisés par le cinéaste espagnol Carlos Saura, España anos 50. Le jeune Saura, avant d’embrasser une carrière de cinéaste renommé, s’est intéressé à la région natale de ses parents en Espagne. Influencé par le néoréalisme et les photo-reporters américains tel Eugene Smith, Carlos Saura documente la vie des villageois. Autant dire que les conditions de vie étaient plus proches de celles du siècle dernier que du boom économique de l’Espagne après son adhésion à la Communauté européenne.

Le style documentaire de Saura est, dans cette série, assez répétitif, il multiplie les effets de profondeur de champ avec souvent un ou des visages d’enfant au premier plan. D’autres fois, face à la misère des habitants on reconnaît la touche humaniste. Dommage que les tirages numériques très plats ne restituent pas mieux la complexité recherchée dans la composition de certaines images.

IMG_20170714_103740
Umbo autoportrait au Leica, 1952.

L’espacio Fundaciôn Telefonica propose une vaste exposition Con Los Ojos Abiertos, Cien anôs de Fotografia Leica. La mythique marque d’appareils allemande propose dans l’espace Telefonica de revisiter son histoire en la superposant à celle plus ancienne de la photographie.

Cela débute donc par des images du créateur du premier appareil Leica, des exemples d’appareils d’époque sont disposés aussi dans le parcours. Cette partie historique laisse ensuite la place à un parcours d’images de genres divers réalisés par quasiment tous les grands noms de la photographie occidentale.

Le parcours répartit en salles consacrées au photoreportage, la photographie couleur, la photographie américaine et une partie importante dédiée à l’agence Magnum. J’ai noté au début du parcours une surreprésentation de photographes allemands inconnus, sans doute un effet du tropisme local compréhensible. En réalité il y a peu de surprises à découvrir.

Étrangement, certains photographes attendus comme Robert Frank sont absents de l’exposition . D’autres inattendus, sont eux présentés. L’exposition se clôt sur des images superbes des membres du collectif Tendance Floue, cocorico certes mais objectif et assumé.

Bref, il faut faire fi de l’ambiguïté de la démarche nécessairement mercantile de la part de Leica et de sa tentative de superposer son histoire certes légendaire avec celle de la photographie. Une fois cette chose faite, on parcourt un large pan de cette histoire composée de styles et de regards différents présentés dans des conditions optimales, bien documentées et contextualisés dans des tirages magnifiques.

(En haut, à gauche une image de Minor white, à droite deux portraits réalisés par Abe Franjndlich en 1972 et 1976).

Sur Gran Via, au sous-sol d’une boutique de luxe (LOEWE), est présentée une exposition de Minor White intitulée Metaforas. Composée d’une trentaine d’images, elle balaie brièvement la carrière du photographe et éditeur américain.

Cela débute par des vues de rues conventionnelles et se termine par des photos dans des poses et tenues suggestives ou queer du photographe réalisées par son compagnon jusqu’à près de sa disparition. Le cœur de l’exposition est centré sur les abstractions d’après nature, souvent un fragment ou un détail saisi de près par le photographe.

Les contrastes et teintes aux nuances délicates des tirages sont admirables. Toutefois, l’abstraction même sublimée par de magnifiques tirages n’empêche pas hélas un certain académisme en raison de la répétition de motifs désincarnés. L’œil y semble focalisé sur la façon de transformer des motifs interchangeables.

Enfin, raretés parmi les photos de Minor White sont ici présentées ses photos de nus masculins. On peut observer peu ou prou le même phénomène que dans ses abstractions d’après nature, une rigueur de composition et une attention extrême aux rendus de l’image qui inhibe tout rapport charnel ou sensuel à ces images.

Enfin, last but not least, l’exposition la plus importante de ce festival, Entropia y espacio urbano au Museo Ico consacrée au photographe italien Gabriele Basilico. Par le nombre d’œuvres exposées et son ampleur, cette exposition rend justice à l’œuvre magnifique de Basilico. Plusieurs séries sont présentées, des images réalisées en France pour la Datar, des images de Beirut post-guerre civile, des bords de mer ou de zones urbaines ou péri-urbaines dans plusieurs villes européennes. Dans le parcours, une série plus rare est présentée : Sezioni des paesigio italiano. S’inspirant des idées de l’architecte Stefano Boeri, Basilico découpe six « cuts » de 50 km par 12 sur le sol italien. Partant du centre vers la périphérie, Basilico dresse une typologie topographique de l’espace péri-urbain des villes italiennes. Les paysages y sont peu charmants, la rigueur de la composition et le protocole précis mis en place confèrent un aspect quelque peu janséniste à l’ensemble. Cependant, ce refus de la beauté facile ou du spectaculaire dense et bien documenté dresse à l’œil du regardeur une cartographie précise de ce que peut être ce type de paysage au-delà de la question de la beauté de l’environnement. C’est l’immanence de ces images qui saute aux yeux.

IMG_20170713_153239
De Naples à Caserte.

Après le charme romantique des ruines de Beirut dévasté, Basilico a parcouru l’Italie du nord au sud pour réaliser cette série. Esthétiquement, Sezioni des paesigio italiano s’oppose par le format des images, la froideur, et son protocole précis au charme des images de Beirut et donne à voir une autre facette de l’œuvre.

La modernité intemporelle des images de Basilico est le fruit d’un attelage subtil ; Une composition dynamique où s’imbrique avec harmonie éléments architecturaux bruts et noir & blanc qui emprunte au caravagisme pour la dramaturgie qu’elle induit, impossible d’isoler l’un de l’autre sans rompre cet équilibre inédit. Un mariage heureux pour l’oeil entre le froid du béton et la chaleur de la lumière.

PHotoEspaña (1), carte blanche à Alberto Garcia-Alix.

Ce billet est le premier d’une série de billets relatifs au festival PHotoEspaña, deux autres suivront. Le festival organise plusieurs expositions et événements dans différentes villes espagnoles, j’évoquerai celles ayant lieu à Madrid.
PHotoEspaña fête ses vingt ans cette année, c’est l’occasion pour le festival de revenir quelque peu sur son passé d’une part et de présenter la fine fleur de la photographie espagnole et sud américaine pour se projeter dans le futur d’autre part. Un pied dans le passé, un autre dans le futur, évoquons maintenant le présent du festival.
Premier gros morceau, la carte blanche offerte à Alberto Garcia-Alix. Fidèle à sa réputation de photographe s’intéressant au marginal et queer sous toutes ses formes, il a choisi de présenter des valeurs sûres proches de lui et de ses thématiques : les marginaux, le queer et la photographie d’auteur personnelle.
Commençons par la tête d’affiche de cette carte blanche : Cafe Lehmitz revisited à CentroCentro Cibeles. Revisiter les séries mythiques de la photographie est désormais fréquent. A l’occasion de ces expositions, des livres comportant parfois des inédits sont édités. C’était le cas pour les américains de Robert Frank par exemple.
Le parcours du Cafe Lehmitz Revisited propose donc des contact-sheets inédits en grand format qui tapissent les murs de la première salle ainsi que des tirages inédits de la série dans la salle suivante.  A l’instar de la littérature, la série est ainsi disséquée en public par le truchement d’une cure de critique génétique. La parole est aussi donnée à l’auteur.
L’œuvre y est ainsi hyper-contextualisée, un juke-box diffuse une chanson allemande mélancolique qu’on imagine bien écouter au petit matin après avoir accompagné les protagonistes de la série.
Dans une autre salle est projeté un diaporama commenté par Anders Petersen himself, il s’exprime avec recul sur son travail et les conditions dans lesquelles il a été réalisé en 1967. La voix du photographe, se rappelant les détails de son séjour à Hambourg, la faune louche qu’il y a côtoyé et la chaleur humaine qui l’y a rencontré.
IMG_20170712_173813
J’ai été frappé par la précision de la mémoire du photographe. Chaque protagoniste de la série a droit à une brève biographie forcément lacunaire et est souvent évoqué avec chaleur et beaucoup d’empathie. Entendre la voix de Petersen et voir en même temps ces images des disparus sauve l’ensemble du risque mémoriel sentant la naphtaline. Les images de cette série ainsi assemblée et amendée condensent en nous un des effets primaires de la photographie : immortaliser les vivants et restituer les disparus.
Autre tête d’affiche de cette carte blanche, Corpus de Antoine D’Agata au Circulo Bellas Artes. Faite de trois éléments, textes, image et vidéos. Ceux-ci se suivent parfois de façon chronologique (surtout les portraits), les textes-slogan occupent les espaces interstitiels et viennent rompre la chronologie des images. Les vidéos tournées avec des femmes dans des chambres de bordels, j’imagine, sont quant à elles disposées dans les coins des salles d’exposition.
IMG_20170713_183547
Je garde une grande affection et admiration pour l’œuvre personnelle de D’Agata. Cependant, l’égotisme exacerbé de l’auteur qui transparait dans cette exposition provoque chez le regardeur un sentiment de malaise proche de l’écœurement.
Ainsi, 99 % des images exposées sont des portraits de lui en toutes situations, surtout en recherche de plaisir charnel ou chimique. J’apprécie que l’auteur sacrifie ici son image à son propos, quitte à s’y brûler ; J’appréciais tout autant son travail plus ouvert sur le monde, quittant un peu ses chambres borgnes, apportant un peu d’air à son monde qu’il partage avec nous et qui nous soulageait quelque peu du caractère un peu claustrophobe et auto-centré de l’œuvre de D’Agata.
IMG_20170713_182656
Dans une autre petite salle circulaire du Circulo disposée au sous-sol,  est présentée une bonne vingtaine d’images de Pierre Molinier. Ses images désormais très connues et censées un peu sentir ici le souffre, sont un peu éventées désormais même si l’on admire toujours autant le travail créatif de haute précision du photographe. Seule curiosité de l’exposition, ce sont les sièges en velours vert disposés tout autour de la salle face aux images de petit format. L’ambiance y est indécise, on hésite entre s’y comporter comme dans un cabinet de lecture et s’attarder sur ces images scandaleuses ou bien de s’y tenir bien droit comme une demeure bourgeoise l’exigerait. Curieuse scénographie.
Dernière exposition au Circulo, celle consacrée à Paulo Nozolino « Loaded Shine ». Pour les admirateurs comme moi du poète portugais ombrageux, la déception peut venir surtout du nombre réduit d’images exposées. Une petite douzaine seulement, impeccablement tirées par Antoine Agoudjian d’ailleurs. De quoi s’agit-il? Comme toujours chez Nozolino, pas d’histoire, pas de récit, seulement une progression d’images-fragments prélevés ici ou là, des coups de hache lumineux à fendre un peu la nuit noire de l’âme.
IMG_20170713_175902
L’accrochage dans la pénombre du Circulo est somptueux. On vient voir des images en forme de lettres de l’auteur et on n’est pas déçu ni des nouvelles ni du contenu des lettres.
Cette année semble être l’année de la reconnaissance pour l’œuvre Karl-Heinz Weinberger. Il est exposé actuellement aux Rencontres d’Arles et A. Garcia-Alix a inclus une quinzaine de ses photographies dans sa carte blanche présentées dans une salle du Museo Del Romanticismo. On peut y voir au fond ses images les plus frontales et pas nécessairement les plus intéressantes à mon sens. Celles constituées d’un plan serré sur  une entre-jambe accompagné parfois de symboles chargés tel celui en forme de sabot de cheval. Sur les côtés, des tirages c-print d’époque présentent des portraits en pied de quelques uns de ses modèles vêtus de blouson, en jean serré et aux cheveux gras en hommage à Elvis Presley ou James Dean.
Dans ces images des années 1960, l’auteur suisse autodidacte photographe queer le soir et le week-end saisit ses modèles rencontrés en ville dans des poses suggestives. Son imaginaire homo-érotique semble y habiller ses modèles. De l’ensemble, les images un peu en creux ont ma préférence. Sur l’une d’elles, le modèle est assis dans un décor épuré du quotidien.
IMG_20170714_153951
S’en dégage un fort parfum de mélancolie. Le modèle, entre-deux, y semble quelque peu à l’abandon.  Il figure tel un albatros délesté de toute surcharge d’imaginaire que le photographe semble affubler ses modèles consentants.
Enfin derniers points à propos des autres expositions présentées à CentroCentro Cibeles. Celle de Teresa Margolles  à propos d’une prostituée assassinée à coups de pierre (présente dans l’exposition, la pierre pas la victime) sur un terrain vague à Ciudad Juarez. Face à ce fait divers sordide on reste un peu coi. Il manque à ce travail un dépassement, une vision esthétique de son sujet qui permettrait au visiteur de quitter cet état de révolte, de sidération.
Quant à l’exposition de photographies d’Isabel Munoz, l’accrochage de ses images, de grand format tirées sur fond noir, est hélas rendu très difficile à voir correctement vu les éclairages intempestifs du lieu.
( A suivre )

Bilad es Sudan, photographies de Claude Iverné à la fondation HCB.

Lauréat du prix de la fondation Henri Cartier-Bresson en 2015, Claude Iverné expose jusqu’au 30 juillet dans les murs de la fondation, une série de photographies, Bilad es Sudan : pays des noirs en arabe.
Après la Maison des Métallos en 2012, c’est une nouvelle occasion qui s’offre au visiteur de voir les images du Soudan réalisées sur place depuis la fin des années 1990 par Claude Iverné.
L’exposition s’articule en deux temps et en deux espaces. D’abord, le premier étage consacré quasi exclusivement à son travail réalisé à la chambre au Soudan, le plus souvent à contre-jour ou du moins avec la source de lumière de côté. L’œil prend ses distances avec le sujet. Par manque de lumière sans doute, on y voit pas ou peu d’images d’intérieur. Seuls des bergers, des femmes près de leur abri, quelques ruines ou des champs au loin peuplent ces images dans un paysage aride habité de nomades. Plusieurs images présentent aussi des abris dépouillés où l’on se sent à l’abri de rien.
A l’étage suivant, c’est toute autre chose. Claude Iverné aurait souhaité continuer son travail de photographe sur place. Les circonstances de la guerre en ont décidé autrement. Il a quand même pu réaliser des images au Sud Soudan récemment indépendant. On y voit s’y former les prémices d’une société consumériste. Les images en couleur présentent des grosses voitures, des affiches au mur. Les signes précurseurs d’un début de développement économique qui tranchent avec la sécheresse des images en noir & blanc des nomades soudanais vues à l’étage du dessous.
IMG_20170719_190036[1]
67614-01 Mnaïma Adjak, peuple Shénabla, clan Awasma, Dar Jawama, Kordofan Nord août 2001.
Par la suite, toujours en couleur, le photographe fait le parcours inverse. Il suit des réfugiés soudanais en Europe. Pas d’images du voyage. Le voyage n’intéresse pas Claude Iverné. Sur place, il a pu s’intéresser au Soudan. Désormais il s’intéresse aux soudanais. Il multiplie des portraits en grand format de visages, quelques plans larges de réfugiés parfois auprès de leur abri de fortune.
iv3
L 1009122 et L 10009171, Anwar Abdalla et Siddik Adam, peuple Marrarit, sous procédure Dublin II, Bois de Vincennes, février 2016.
Certaines images résonnent étrangement entre elles. L’image de personnes debout près de la tente réalisée au Soudan fait écho à celle du réfugié près de son abri au Bois de Vincennes. La végétation y est plus luxuriante, un sentiment de damnation se forme à la vue des images et se diffuse d’image en image.
A l’étage, sur une table, l’auteur a disposé quelques objets vernaculaires, des guides, des cartes, des plaques métalliques de publicité, des allumettes soudanaises. A la vue de ces objets, on songe quelque peu au rapport qu’entretenait Walker Evans avec les objets futiles de la civilisation américaine.
Ce n’est sans doute pas par hasard que l’on peut y songer, la distance, la retenue et le refus de tout spectaculaire tracent les lignes d’une filiation nette entre Claude Iverné et le maître américain. Il n’y est jusque la typographie des couvertures des livres de photographie soudanaise qui ne fasse référence clairement à American Photographs.
iv 2
Naomi Baki, française, peuple Kresh Gbayadu Bahrel Ghazal, Soissons décembre 2011.
D’autres fois, on songe au maitre américain à la vue de ce portrait de cette femme debout adossée à une porte faite de planches en bois. Le sourire triste, le regard voilé rapproche ces deux portraits. Il y a pire comme inspiration et morale du regard.
C’est à des images du Soudan que l’on s’attendait de se voir confronté à la fondation HCB, Claude Iverné nous y offre un autre parcours, du lointain au plus proche. C’est cette évolution qui donne à l’ensemble sa force. L’éloignement s’y consume, le lointain y est aboli. Le regard teinté d’exotisme, gangue de l’Afrique vue par nous, finalement s’y dissout et nous dessille.

 

 

Rétrospective Walker Evans au Centre Pompidou Paris. A bonne distance.

Le centre Pompidou présente jusqu’au 14 août 2017 une rétrospective importante de l’oeuvre non moins important du photographe américain Walker Evans (1903-1975).

Ce sont en effet pas moins de 300 photographies et une centaine de documents et pièces collectées par Evans qui sont exposées dans le parcours.

IMG_3125
Antibes 1927.

Ainsi, des photos d’enfance aux photographies de catalogue qu’il a réalisées pour des magazines comme Fortune, en passant par des traductions du français, ses débuts dans la photographie influencés par le mouvement de la nouvelle vision, l’exposition présente un voyage complet dans cet œuvre fondamental de la photographie au XX ème siècle.

Les grandes séries sur les travailleurs américains, les images volées de passagers dans le métro, les photos de la grande dépression réalisées sur commande de la FSA à ses photos de signes typographiques et publicitaires et façades de maison en bord de route, toutes ces séries sont présentées dans le parcours, de même que les Polaroïds réalisés massivement à la fin de sa vie. Il faut d’ailleurs saluer l’excellent état de conservation de la totalité des tirages présentés.

Les plus importantes collections publiques américaines (Metropolitan Museum et Museum of Modern Art à New York, J. Paul Getty Museum à Los Angeles, Art Institute de Chicago, National Gallery of Art de Washington, etc.) et une quinzaine de collectionneurs privés ont pour ce faire été mis à contribution.

Autant dire que tout amateur de photographie ne peut passer à côté de cet événement. D’ailleurs, au regard du grand nombre de photographies exposées, plusieurs visites ne semblent pas de trop pour admirer et tenter de saisir l’ampleur de l’œuvre de Walker Evans ici rassemblé.

Voila pour le cadre général, abordons maintenant plus en détail l’exposition.

« Vous ne voulez pas que votre œuvre vienne de l’art ; vous voulez qu’elle prenne origine dans la vie ? C’est dans la rue qu’elle se trouve. Je ne me sens plus à l’aise dans les musées. Je n’ai pas envie de les visiter. Je ne veux pas qu’on m’apprenne quoi que ce soit. Je ne veux pas voir de l’art ‹ accompli ›. Je m’intéresse à ce que l’on appelle le vernaculaire. » Walker Evans, entretien avec Leslie Katz (1971).

Prenant ancrage dans les déclarations du photographe et dans l’analyse des thématiques qui touchent son œuvre, Clément Chéroux le commissaire de l’exposition, postule de manière répétitive tout au long des cartels du parcours, le caractère vernaculaire de l’œuvre d’Evans. C’est le fil conducteur de l’accrochage. Celui-ci est si asséné qu’il finit par créer une espèce de gêne chez le visiteur. Sans être réellement étayé de manière esthétique et formelle, ce postulat pose d’emblée l’œuvre et son sujet sur le même pied et finit par les confondre. Insidieusement, il nous est fortement suggéré de penser que si Evans a photographié des sujets vernaculaires, son œuvre doit être aussi vernaculaire.  Ce qui est aller un peu vite en besogne. Après tout, un artiste travaillant le bois n’est pas nécessairement un ébéniste et vice versa.

Si la question du vernaculaire est bien sûr importante dans l’œuvre d’Evans, celle-ci ne peut se résumer à cela et faire ainsi l’économie d’une analyse plus formelle et esthétique de son regard. C’est tout ce travail qui est malheureusement absent de l’exposition. Le plus surprenant, c’est que l’accrochage arrangé en thématiques résiste lui même à cette injonction au vernaculaire, et c’est plutôt la grande cohérence formelle de l’ensemble qui frappe le visiteur. ( ci-dessous extraits de Labor anonymous pour Fortune 1946.)

Les ponts à esquisser avec la modernité sont très tentants, travail en série, avidité du regard qui veut tout saisir, son intérêt pour les signes typographiques et panneaux de publicité qu’on pourrait qualifier de pré-pop. Des indices qui marquent la modernité du travail d’Evans et qui nous sont d’autant plus facilement loisible de voir que son œuvre a été bien sauvegardée et préservée contrairement à d’autres photographes du siècle dernier. Son entregent et la position importante qu’il occupait dans le milieu artistique américain y a nécessairement contribuer, pour notre plus grand bonheur.

De quoi le ragard d’Evans est-il le signe? Eh bien, c’est du côté de la musique que l’on a la réponse. En effet, telle une symphonie, dans l’œuvre de Walker Evans c’est le contre-point qui définit ou révèle le thème principal de l’œuvre. le contre-point ici est le reportage et les images bouleversantes réalisées auprès des fermiers ruinés en Alabama à la suite d’inondations en 1937. Dans ce reportage, on voit le visage d’un fermier au visage marqué par une douleur muette. près de cette image, c’est un diptyque, le plus bouleversant de l’exposition, un enfant qui dort recouvert d’un drap et à sa gauche la tombe d’un enfant mort. Cette série d’images bouleversantes donnent un aperçu du drame qui s’est joué pour les habitants de l’Alabama à cette période. Après cette série, Walker Evans remué comme jamais par ce qu’il a vu et saisi renoncera au reportage.

(Ci-dessous a gauche child’s grave et à droite child asleep, Alabama 1937.)

Contrairement à toutes les autres images de l’exposition (à l’exception des Polaroïds à la contrainte technique plus forte), les images de ce reportage sont celles qui sont cadrées le plus proche des visages et des corps des protagonistes. Le plus proche du drame pour ainsi dire. Par le sujet poignant et la proximité qu’elle exige, ces visages nous marquent comme elles ont sans doute aussi bouleversé le photographe en ce temps-là. Elles indiquent aussi par contraste le mode opératoire mis en œuvre par la suite. La distance habituelle que met l’œil d’Evans avec les sujets ou thèmes qu’il photographie. Une distance à laquelle il renonça le temps de ce reportage.

Cette distance bienveillante qui à l’œuvre dans ses images de façades, d’objets ou passants, définit la sensibilité d’Evans en tant qu’homme. Mais chez le photographe, cette distance est aussi affaire d’esthétique comme « la morale est une esthétique du comportement » chez l’honnête homme. Une morale du regard qui serait de se placer ni trop près, au risque du racolage, ni trop loin, au risque de l’indifférence et du décoratif.

Comment mesurer une distance? Tentons de la définir d’abord. La forme en photographie figurative est souvent affaire de distance et d’angle de vue par rapport au motif ou sujet de l’image. Pour l’angle de vue, la frontalité est constamment privilégiée chez Evans. Reste la distance? Il est prêté à Robert Capa une formule devenue célèbre pour qui une photo pas assez réussie met en cause l’éloignement du photographe par rapport à son sujet. Chez Evans, une photographie réussie induit d’emblée pour l’œil de trouver la bonne distance, ni trop ni trop loin, une distance apparemment neutre mais bienveillante, un cadrage simple, frontal et sans fioritures.

( Passagers du métro 1938/41.)

 

C’est sans doute cette morale personnelle du regard chez Walker Evans qui donne cette force et cette cohérence à l’ensemble de son œuvre présenté dans le parcours de l’exposition. Nulle leçon à donner, pas moralisateur pour un sou, ses images invitent chacun qui les regardent à trouver en fonction de sa sensibilité la distance juste par rapport à ce l’on peut voir.

Le site de l’exposition : https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-8057cce3-bb24-48d7-a3db-24cb27817282&param.idSource=FR_E-088a576b-9926-4baf-9d9e-b1147edd510c

 

Fiction

Le talent est affaire de technique et aussi de chance. Les circonstances favorables qui permettent une accumulation de sens plus ou moins cachés promis à l’éclosion plus tard, au moment propice, telle une fleur déploie sa splendeur sous nos yeux à la lumière du jour qui se lève.
Ce portrait de l’actuel président élu date de 2014, l’époque où il n’était qu’un rouage plus ou moins important de la machinerie politique qui portait le poids d’un mandat déjà bien entamé du futur ancien président.
1511230_799714880101059_5982427345621533589_n
On dit beaucoup de choses des images, qu’elles sont parlantes, qu’une images vaut mille discours, toutes choses égales. On peut préférer les images muettes parce qu’elles sont assez complexes et nous dominent par le sens qu’on pourrait en déduire à notre convenance. C’est le jeu et chacun peut y jouer à sa guise.
Et puis il y a les images formidables embrayeur de fiction. Fiction car toute image est affaire de projection, la prescience du photographe aidé en cela par les circonstances est d’en proposer un ensemble de projections possibles non équivoque.
On imagine les quelques minutes offertes au photographe pour la réalisation du portrait, un rapide coup d’œil au décor environnant et puis le choix, l’incertitude et la décision, Ici et advienne que pourra.
En 2014, donc, Bruno Charoy réalise ce portrait d’Emmanuel Macron. De face cadré un peu large sur fond blanc. Des couleurs légèrement saturées accentuant la carnation de la peau nous donne à voir un homme dans la force de l’âge, nous regardant d’un œil fixe, d’un regard vide singeant une confiance en soi se donnant à voir comme inébranlable.
Sur de sa force, le genou plié et remonté fermement contenu par les mains dans une attitude de défi. Une force tendue prête à se déchaîner, attendant son heure.
Sur fond blanc, le modèle au centre gauche (déjà) de l’image surgit tel un passe muraille avec sa chemise blanche du fond blanc derrière lui. Ce mur blanc immaculé qui barre l’œil à la droite n’offrant aucune échappatoire. Ce mur impasse d’où il surgit pour nous en offrir un visage supportable et humain.
La seule issue pour l’œil se porte à gauche. Les couleurs chaudes de pénombre y sont plus accueillantes.
A gauche, la lumière. Le couloir est un peu sombre mais offre une belle promesse. Quelques pas seulement pour se soulager un peu du face à face stérile qui se propose à nous.

« Tokyo » de Gerry Johansson à la Galerie Vu. Le noir et blanc Fauve.

« Chacun a pu faire l’observation selon laquelle une représentation, en particulier une sculpture, ou mieux encore un édifice, se laissent mieux appréhender en photo qu’en réalité ». Walter Benjamin, « Petite histoire de la photographie », dans Études photographiques, 1, novembre 1996, mis en ligne le 18 novembre 2002. (http://etudesphotographiques.revues.org/index99.html).

La galerie VU à Paris présente actuellement de magnifiques tirages de la série « Tokyo » réalisés au cours des dernières années par le photographe suédois Gerry Johansson.

Les rapports entre architecture et photographie sont aussi anciens que la photographie. Il n’y est de longue période dans l’histoire de la photographie qui n’ait été travaillée et pensée par le rapport du regard photographique à un environnement façonné par l’architecture. Si l’architecture nous offre le refuge que nous habitons, il va sans dire que notre rapport au monde est habité aussi par la façon dont l’architecture conditionne nos vies et notre rapport au monde.

Quelques uns et non des moindres parmi les photographes, ont formé le projet d’interpréter aux moyens de la photographie la dynamique spatiale et temporelle d’un concept concret d’architecture.

Dans la série exposée, la dynamique spatiale de Tokyo telle que saisie par Gerry Johansson se manifeste, pour les moyens formats exposés,par une recherche permanente du plus grand écart possible entre le vertical et l’horizontal, la fréquente frontalité des motifs architecturaux et une prédilection pour des façades et des sols carrelés de blanc figurant comme une diffraction visuelle dans un univers assez homogène.

IMG_20170316_183749[1]

Dans une autre salle de l’exposition, on peut voir dans des formats plus petits, des images plus traditionnelles de ce Japon aux basses maisons traditionnelles, un jeu d’opposition entre végétal et solide, entre les lignes anguleuses des maisons et formes plus rondes y est à l’œuvre.  Plastiquement, les contrastes des tirages de cette partie de l’œuvre exposés sont moins accentués que dans la partie plus monumentale.

IMG_20170316_184652[1]

Jusque-là cela pourrait sembler théorique et froid. Il n’en est heureusement rien.

De prime abord lorsque l’on contemple les images de Gerry Johansson on est frappé par leur dépouillement. Peu de motifs, un cadre précis et un champ sans fioritures.

Cependant, tout cela forme un ensemble stylistique à la rigueur quasi-luthérienne qui serait bien ennuyeux si la richesse matérielle du tirage ne transformait cette base épurée en un ensemble aux nuances de gris infinies, aux effets de contrastes si subtils que le regard s’absorbe dans sa contemplation.

IMG_20170316_185828[1]

La gamme des noirs y est déployée dans toutes ses nuances, les arrangements de blanc et de gris offrent une richesse de valeurs qui ravissent le regard.

Des peintres amateurs d’arrangement de couleurs explosives ont été qualifiés de Fauves. Des photographes maniant avec précision et autant de nuances les trois couleurs basiques du noir et blanc devraient aussi trouvaient ici un terme plus juste qui qualifierait ce plaisir immédiat que l’on trouve à contempler leurs tirages.

Bref, vous l’aurez compris, il n’est pas question de rater l’occasion trop rare qui nous est offerte d’aller à la Galerie Vu admirer les tirages de Gerry Johansson.