Le Rêve d’un Mouvement – Exposition de photographies argentiques à l’Atelier Gustave

C’est une petite exposition collective qui se déroule actuellement et pour une courte durée jusqu’au 26 janvier à l’Atelier Gustave dans le quatorzième arrondissement à Paris.

Ph. Stéphane Charpentier

Cette petite exposition collective rassemblant 7 photographes frappe par sa cohérence. Se promenant dans les salles de l’atelier, on y est immanquablement saisi par un sentiment de familiarité et de grande proximité entre les œuvres exposées. C’est ici tout le talent du commissaire Amine Boucekkine de proposer une exposition collective réussie qu’il faut souligner.

Tel que l’indique le titre de l’exposition, il y est question de photographie argentique. Vaste catégorie facilement opposable à sa petite sœur numérique. La réussite de l’exposition en cours à l’atelier Gustave est de proposer sans fétichisme ni nostalgie une définition cohérente de ce que peut être le meilleur de la photographie argentique aujourd’hui.

Ph : Gilles Roudière

Précisions d’emblée que le propos ici s’applique à un courant spécifique de la photographie argentique. Un courant pour qui le boîtier n’est pas une fin en soi. Un courant de la photographie pour qui la matérialité du réel se trouve tout autant au bout du viseur que dans le bain révélateur. Un courant de la photographie qui trouve dans le bain révélateur matière non pas à singer le visible mais un endroit à se confronter avec le réel.

C’est cette nécessité organique d’écrire chimiquement une vision convulsée du visible qui donne sa cohérence à l’accrochage. Le visible brûle l’œil que la chimie agite puis apaise.

Ph : Stéphane Charpentier

« En cela, donc, l’image brûle. Elle brûle du réel dont elle s’est, à un moment, approchée (comme on dit, dans les jeux de devinette, «tu brûles» pour «tu touches presque l’objet caché»). Elle brûle du désir qui l’anime, de l’intentionnalité qui la structure, de l’énonciation, voire de l’urgence qu’elle manifeste (comme on dit «je brûle pour vous» ou «je brûle d’impatience»). Elle brûle de la destruction, de l’incendie qui faillit la pulvériser, dont elle réchappa et dont, par conséquent, elle est capable aujourd’hui d’offrir encore l’archive et la possible imagination. Elle brûle de la lueur, c’est-à-dire de la possibilité visuelle ouverte par sa consummation même: vérité précieuse mais passagère, puisque vouée à s’éteindre (comme une bougie nous éclaire mais, en brûlant, se détruit elle-même). Elle brûle de son intempestif mouvement, incapable qu’elle est de s’arrêter en chemin (comme on dit «brûler les étapes»), capable qu’elle est de toujours bifurquer, de brusquement partir ailleurs (comme on dit «brûler la politesse»). Elle brûle de son audace, lorsqu’elle rend tout recul, toute retraite impossible (comme on dit «brûler les ponts» ou «brûler ses vaisseaux»). Elle brûle de la douleur d’où elle vient et qu’elle procure à quiconque prend le temps de s’y attacher. Enfin, l’image brûle de la mémoire, c’est-à-dire qu’elle brûle encore, lors même qu’elle n’est que cendre: façon de dire son essentielle vocation à la survivance.

☛ “L’image brûle” by Georges Didi-Huberman, Art Press, special issue no. 25, 2004, p. 73.

La photographie exposée à l’atelier est faite de grain pour donner de la chair à la surface du visible. La photographie exposée à l’atelier est tremblante car consciente de sa responsabilité à réinterpréter des fragments de réel. La photographie exposée à l’atelier est convulsive car elle doute du visible immanent. La photographie exposée à l’atelier est tranchée car elle assume l’impossibilité du figuratif littéral. La photographie exposée à l’atelier est nécessaire car elle avance sur la ligne de crête à mi chemin des circonvolutions du réel et de l’œil qui l’observe.

Photographes exposés :

GILLES ROUDIÈRE :::: gillesroudiere.com
STÉPHANE CHARPENTIER :::: stephane-charpentier.com
GRÉGORY DARGENT :::: gregory-dargent.com
FRÉDÉRIC D. OBERLAND :::: fredericdoberland.com
ELISA MIGDA :::: elisamigda.com
GAËL BONNEFON :::: gaelbonnefon.org
DAMIEN DAUFRESNE :::: damiendaufresne.com

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