« Tokyo » de Gerry Johansson à la Galerie Vu. Le noir et blanc Fauve.

« Chacun a pu faire l’observation selon laquelle une représentation, en particulier une sculpture, ou mieux encore un édifice, se laissent mieux appréhender en photo qu’en réalité ». Walter Benjamin, « Petite histoire de la photographie », dans Études photographiques, 1, novembre 1996, mis en ligne le 18 novembre 2002. (http://etudesphotographiques.revues.org/index99.html).

La galerie VU à Paris présente actuellement de magnifiques tirages de la série « Tokyo » réalisés au cours des dernières années par le photographe suédois Gerry Johansson.

Les rapports entre architecture et photographie sont aussi anciens que la photographie. Il n’y est de longue période dans l’histoire de la photographie qui n’ait été travaillée et pensée par le rapport du regard photographique à un environnement façonné par l’architecture. Si l’architecture nous offre le refuge que nous habitons, il va sans dire que notre rapport au monde est habité aussi par la façon dont l’architecture conditionne nos vies et notre rapport au monde.

Quelques uns et non des moindres parmi les photographes, ont formé le projet d’interpréter aux moyens de la photographie la dynamique spatiale et temporelle d’un concept concret d’architecture.

Dans la série exposée, la dynamique spatiale de Tokyo telle que saisie par Gerry Johansson se manifeste, pour les moyens formats exposés,par une recherche permanente du plus grand écart possible entre le vertical et l’horizontal, la fréquente frontalité des motifs architecturaux et une prédilection pour des façades et des sols carrelés de blanc figurant comme une diffraction visuelle dans un univers assez homogène.

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Dans une autre salle de l’exposition, on peut voir dans des formats plus petits, des images plus traditionnelles de ce Japon aux basses maisons traditionnelles, un jeu d’opposition entre végétal et solide, entre les lignes anguleuses des maisons et formes plus rondes y est à l’œuvre.  Plastiquement, les contrastes des tirages de cette partie de l’œuvre exposés sont moins accentués que dans la partie plus monumentale.

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Jusque-là cela pourrait sembler théorique et froid. Il n’en est heureusement rien.

De prime abord lorsque l’on contemple les images de Gerry Johansson on est frappé par leur dépouillement. Peu de motifs, un cadre précis et un champ sans fioritures.

Cependant, tout cela forme un ensemble stylistique à la rigueur quasi-luthérienne qui serait bien ennuyeux si la richesse matérielle du tirage ne transformait cette base épurée en un ensemble aux nuances de gris infinies, aux effets de contrastes si subtils que le regard s’absorbe dans sa contemplation.

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La gamme des noirs y est déployée dans toutes ses nuances, les arrangements de blanc et de gris offrent une richesse de valeurs qui ravissent le regard.

Des peintres amateurs d’arrangement de couleurs explosives ont été qualifiés de Fauves. Des photographes maniant avec précision et autant de nuances les trois couleurs basiques du noir et blanc devraient aussi trouvaient ici un terme plus juste qui qualifierait ce plaisir immédiat que l’on trouve à contempler leurs tirages.

Bref, vous l’aurez compris, il n’est pas question de rater l’occasion trop rare qui nous est offerte d’aller à la Galerie Vu admirer les tirages de Gerry Johansson.

 

 

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