Eli Lotar, le regard plastique.

Le Jeu de Paume à Paris accueille actuellement une exposition coproduite avec le Centre Pompidou et consacrée aux parcours photographique et cinématographique d’Eli Lotar (1905-1969).

A la suite de précédentes expositions patrimoniales, De Germaine Krull à Laure Albin-Guillot en passant par Claude Cahun, le Jeu de Paume poursuit sa mise à l’honneur d’artistes liés aux avant-gardes françaises de l’entre-deux guerres.

A travers un parcours thématique qui va de l’affiliation d’Eli Lotar au mouvement de la Nouvelle vision à travers son apprentissage auprès de Germaine Krull à son compagnonnage amical et artistique avec Alberto Giacometti duquel un buste d’Eli Lotar est présenté en fin de parcours. C’est à un large panorama que se livre cette exposition.

L’accrochage survole le parcours artistique d’Eli Lotar comme celui-ci semble avoir approché divers courants artistiques et adopté diverses approches photographiques.

Il s’est ainsi inspiré de la démarche réaliste notamment dans ses images des abattoirs de la Villette en 1929. Il adopta le point de vue social dans ses reportages sur les ouvriers misérables d’Aubervilliers en 1945.

A la marge de son activité d’opérateur de cinéma auprès de Joris Ivens ou de Luis Bunuel, il réalisait des séries d’images sur les lieux de tournage telles que Las Huerdes ou Travaux d’assèchement du Zuiderzee 1930.

La fin du parcours de l’exposition offre l’occasion de le voir à nouveau à l’œuvre auprès de Roger Vitrac ou Artaud dans une série de collages théâtraux. Des images de voyage en Grèce de ruines ou de pêcheurs sont aussi présentées dans le  parcours.

En réalité, dans la mesure où l’exposition peut refléter fidèlement ou non l’œuvre de l’artiste, il émane de l’accrochage l’incroyable plasticité du regard d’Eli Lotar. Il n’y a pas de style qui s’affirme, d’obsessions qui transpirent des murs tout au long du parcours. Une capacité à adapter son regard aux sujets qui l’intéressent.

Si l’expression ne s’était parée d’atours péjoratifs, cette exposition montre le travail d’un honnête photographe sans génie mais appliqué et curieux des innovations de son époque, qu’il savait s’approprier pour mieux s’en servir.

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Le médecin partant durant la nuit, 1928.

Et puis quelques fois sur les murs, le regard s’arrête sur des œuvres stupéfiantes. Cette image cinématographique d’un médecin partant de nuit réalisée en 1928. En la regardant, quel formidable embrayeur à fictions, où va-t-il, que se passe-t-il. Pour la couverture du journal Detective , Eli Lotar, condense en une seule image tout ce qui peut frapper l’imaginaire du lecteur friand de fictions. C’est ici d’une redoutable efficacité.

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Une de Détective n° 6.

Lors d’un séjour en Espagne sur le tournage d’un film documentaire avec Luis Bunuel Las Hurdes en 1933, Eli Lotar réalise une image d’une paysanne. Le modèle plein cadre, les yeux fermés, la bouche entrouverte est stupéfiant. Idem ici , c’est la formidable capacité de créer la curiosité dans les yeux du regardeur pour ses modèles que le talent Eli Lotar se fait plus convaincant.

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Las Hurdes 1933.

Enfin, une série de trois images, trois portraits de Germaine Krull de 1928  sont présentés. Eli Lotar a appris la photographie à ses côtés. Elle y est présentée joyeuse, rieuse ou assise n majesté sur un fauteuil dans une sorte de portrait du maître par son élève. Ce qui dans ce sens là, d’un point de vue générique, est assez peu fréquent.

Il règne un sentiment de relâchement et de tendresse dans cette série d’images. Pas d’emprunts stylistiques ou thématiques à l’œuvre. Le sujet ne dicte pas le style. Un regard détaché de toute contingence y capte seulement un sentiment émouvant de joie et de plaisir partagés entre la maître de la Nouvelle Vision et celui qui fut son élève.

Ainsi, tout au long du parcours de l’exposition, on suit du regard les évolutions successives du travail d’Eli Lotar. S’y exprime une sorte de talent liquide du photographe où le regard suit un sillon  qui s’écoule dans le temps et les époques, s’y accroche mais ne le transforme jamais.

Le site de l’exposition : http://www.jeudepaume.org/?page=article&idArt=2686

 

 

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