Le Concours. Un film de Claire Simon.

Aujourd’hui, j’évoque un film, le Concours de Claire Simon sorti mercredi dernier sur les écrans et qui vaut bien ses deux heures de projection.

De quoi s’agit-il? La réalisatrice a suivi sur une période le déroulement des épreuves d’admission à l’école de cinéma la Fémis basée à Paris. De jeunes gens viennent de toute la France et même parfois de l’étranger pour tenter leur chance tant la réputation de cette école ex-Idhec devenue Fémis n’est plus à faire. Il n’y est pas dispensé de cours, l’apprentissage se fait par sections auprès de professionnels qui y transmettent leurs savoir.

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Le film débute par une longue séquence autour de la première épreuve admission. Plus de deux mille candidats se pressent dans un amphi pour y commenter un extrait de film. Ensuite, le film épouse fidèlement ce processus de sélection et se concentre sur des échanges en plus petit comité entre les « correcteurs » qui ne sont pas donc des professeurs. Plus loin, le film se focalise sur son sujet principal, les épreuves individuelles entre un(e) candidat(e) et les examinateurs.

Jusque-là il n’y a rien de bien original. Des documentaires sur les processus d’admission dans les grandes écoles il y en a déjà eu des plus ou moins intéressants. Le film de Claire Simon va plus loin et c’est ce qui le rend passionnant.

En effet, dès la mise en place des épreuves d’entretien individuel entre les candidats et leurs examinateurs, le cadre se resserre sur les visages des candidats. Ceux-ci tremblants, faussement assurés, exaltés ou à côté de la plaque forment les éléments d’un théâtre de huis-clos où se joue un rite de passage d’une puissante force dramatique à même d’émouvoir, d’amuser ou de convaincre quiconque ayant déjà eu affaire à ce type d’épreuves.

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Subrepticement, une lecture politique du film se déploie au fur à mesure que le champ se rétrécit vers la sélection finale.

Évidemment, travailler sur les grandes écoles et leurs épreuves de sélection appelle nécessairement une réflexion sur la question bourdieusienne de reproduction des élites.Ce dont le film ne fait heureusement l’économie.

En effet, tout écosystème doit veiller à maintenir les moyens de sa reproduction lui assurant pérennité et accessoirement des positions confortables.

Là où cela se complique ici c’est qu’il s’agit ici de création et de cinéma et donc d’un environnement où l’impalpable occupe une place prépondérante. La tension entre réel et imaginaire y est au plus fort entre des jeunes gens pleins d’envie et de désir et un monde du cinéma parfois fantasmé loin de leur réel imaginaire. Cette tension dédouble celle plus traditionnelle d’entrée dans la vie active pour le commun des mortels. Les membres des jurys veillent avec bienveillance à éviter parfois de bien cruelles désillusions aux candidats.

L’intelligence de C.Simon est de nous restituer cela non pas de façon binaire par champ/contre-champ mais alternativement tant il devient évident à l’écran que les uns ont autant besoin des autres et donc font partie du même écosystème.

Autre point nodal du film. Montrer la difficulté de choisir des critères objectifs de sélection quand il n’y en a pas. Les examinateurs sont sans cesse amenés à confronter leurs divergences à propos de l’un ou l’autre des candidats sur les prestations desquels portent uniquement des critères subjectifs de sélection.

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Cette absence d’auto-référent qui complique le choix installe clairement l’incertitude et  la question politique qui parcourt tout le film. Il s’agit de cette tension permanente entre le confort de l’homogénéité et le risque fécond de hétérogénéité. Les candidats portant une approche différente et qui viendront dérégler quelques peu cette machine homogène de reproduction sont ainsi privilégiés par les membres des jurys.

La réussite du film, jamais démonstrative, est de figurer au moyen de la mise en scène ce choix politique qui est au cœur de l’écosystème de la Fémis. Celui d’être à même de repousser les murs de l’entre soi pour y inclure l’hétérogène non pas par simple choix mais par obligation. Pour perdurer tout écosystème doit inclure les éléments potentiels de sa contestation pour y asseoir sa légitimité. C’est le contraire qui condamne au déclin. Procéder ainsi est donc aussi la moyen le plus sûr de s’assurer une reproduction.

C’est l’ensemble de cette proposition alternative et parfois contradictoire qui est prise en charge par le film de Claire Simon. Une manière d’aborder de biais et avec brio des questions politiques qui touchent bien au-delà du sujet initial du film.

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