« Regarder » un accrochage à la galerie de photographies du Musée d’Orsay.

Dans sa salle consacrée à la photographie, le musée d’Orsay présente jusqu’au 12 février 2017 un accrochage d’une trentaine d’images articulé autour du thème du regarder.

Il s’agit bien évidemment d’un thème central en tout art visuel et en photographie plus spécifiquement. Mais il faut s’accrocher pour pouvoir visiter cette exposition.

En effet, peu ou pas de communication sur cet accrochage de la part du Musée. Celui-ci est en effet annoncé dans la partie « Collections » du site du musée malgré son caractère temporaire. Bien sur, beaucoup de pièces présentées proviennent des collections du Musée, quelques-unes significatives proviennent toutefois de prêts d’autres institutions.

De plus, la signalétique du Musée omet de signaler la pièce consacrée à la photographie.

Une fois surmontés ces obstacles, on peut enfin visiter la dite pièce. Ce qui frappe d’emblée ici c’est le nombre très réduit de photographies exposées. Songez un peu aux milliers de photographies qui dorment dans les collections du Musée d’Orsay, 30 images c’est moins que dans une petite galerie de photographie.

La quantité ne fait pas la qualité me direz-vous, certes, c’est vrai. Mais la photographie mériterait sans doute plus d’égards dans un musée spécialisé dans l’art du 19eme siècle, celui de la naissance de la photographie quand tant d’espaces du musée sont parfois consacrés à de l’art pompier.

Cela étant dit, je reviens à l’accrochage. Deux axes s’y déploient. Rien de très original. Une partie de l’exposition tourne autour de la représentation du regard au sens propre. L’autre, plus intéressante, synthétise en peu de pièces, la représentation du regard avec son corollaire mis en abyme dans l’image. C’est à dire que nous y regardons des personnes qui ne nous regardent pas mais qui (se) regardent à l’intérieur de l’image.

La thématique du regard est donc ici abordée assez superficiellement, pourrait-il en être autrement en si peu d’espaces et de pièces?

Toutefois, on peut y voir ou revoir de magnifiques images. Tel ce cyanotype Florence Peterson (ca.1910) de Paul Havilland, où le modèle Bovaryen se dérobe à notre regard et à celui du photographe à moins qu’il ne s’agisse d’une coquetterie bien mise en scène.

img_20170205_1549191

Autres pièces de l’accrochage qui cette fois-ci allient humour et dédoublement du regard. Celui qui regarde et qui se regarde et que l’on regarde etc… vers une mise en abyme infinie ; Les aristotypes du Duc d’Orléans.

img_20170205_1553101
A gauche allée d’un parc avec l’ombre du photographe, Espagne?. A droite Compagnons de voyage du Duc d’Orléans avec les jambes du photographe, Italie du sud. Ca. 1910.

Ensuite la question de la subjectivité est abordée de façon plus figurée dans une magnifique image de Alfred Stieglitz présente sur les murs et qui y fait un peu bande à part.

Elle semble un peu la seule à présenter un caractère subjectif qui combine des éléments figuratifs, la fenêtre la neige à l’extérieur vus du confort d’un nid douillet, et un semblant d’image psychologique au sens où l’on pressent ce que peut ressentir le photographe à sa fenêtre face à ce paysage. Le tout avec une simplicité de moyens qui impose la subjectivité du regard.

img_20170205_1552361

Enfin, il faut évoquer une image de Charles-David Winter, Starsbourg, palais Rohan 1867.

img_20170205_1553441

On aperçoit ce que cette image a d’assez extraordinaire et de précurseur. De la situation de représentation et d’enregistrement d’un réel donné où la photographie était parfois maintenue, quelques-uns comme Winter ont répondu avec humour en signant la présence d’une subjectivité à part entière derrière la machine et ce In Absentia. Littéralement on ne voit que l’absence du photographe à l’image. Une sorte de pied de nez à tous ceux qui ne voulaient voir que de simples opérateurs derrière la chambre.

La subjectivité du regard, sujet quasi immatériel est donc mise en scène en une sorte d’apparition/disparition qui occupe l’espace ou le regard celui du regardeur peut se déployer. Il appartiendra aux générations suivantes de photographes d’affirmer à leur tour par d’autres moyens leur subjectivité.

Le site de l’exposition : http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/accrochage-de-photographies.html

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s