Exposition « Again and again »de Stéphane DUROY au Bal du 6 janvier au 9 avril 2017.

« De l’impermanence du style, il ne faudrait pas conclure à un banal opportunisme stylistique. C’est exactement du contraire qu’il s’agit, comme dans l’oeuvre de Pessoa dont le nom ne surgit pas ici par hasard : de la conviction que la vraie fidélité à soi-même ne réside pas dans le figement d’un style mais dans la multiplication des formes et des styles qui seule peut rendre compte de l’impermanence d’une perception inquiète du monde et de la place de soi-même dans le monde. » Introduction à L’oeil lucide / Johan van der Keuken : L’Oeuvre photographique 1953-2000. Texte de Alain Bergala, 2001.

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Pour sa première exposition en 2017, le Bal consacre l’ensemble de ses espaces au photographe français Stéphane Duroy né en 1948 et, heureuse surprise, ce n’est pas du tout à voir l’œuvre figé d’un photographe quasi septuagénaire que nous invite l’exposition.

En effet, après 40 ans de pérégrinations photographiques en Europe et aux Etats-Unis, il eut été légitime de rassembler les pièces du puzzle pour en dégager les permanences et les creux. Et bien, cette exposition est plutôt celle d’un jeune homme qui doute de ses images, de ce qu’elles portent en elles de potentiellement figé et de définitif. C’est l’exposition d’un jeune homme qui a de la bouteille mais qui débuta lesté d’un lourd tribut payé à l’Histoire de l’Europe.

Le parcours photographique de Stéphane Duroy tel que le Bal l’expose est un long chemin où le doute grandit et finit par imprégner tous les éléments cumulés de ce voyage.

Sur quoi porte ce doute? L’inquiétude naît de la capacité même des images de restituer ce lien fondamental à la réalité, celui de l’intranquillité. Douter de la capacité des hommes à tirer des leçons de l’histoire c’est douter de la capacité des images à restituer ce nécessaire apprentissage. Le récit d’apprentissage photographique proposé par Stéphane Duroy est le roman d’un agnostique qui ne croit plus in fine au pouvoir de l’image. Ce doute dans notre capacité à retenir les leçons de l’Histoire qui fonde le pouvoir de représentation des images de S.Duroy s’étiole au fil du temps et donc au fil du parcours de l’exposition.

Celui-ci s’articule en espaces. La première salle de l’exposition comprend des images de deux séries, L’Europe du Silence réalisée en Europe de l’Est et Distress en Grande-Bretagne.

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Dublin, Distress, 1980.

Le sous-sol du Bal est consacré à des images monumentales des Etats-Unis et des présentations du livre Unknown sans cesse retravaillées à l’infini par le photographe.

La première salle contient deux séries donc mais assez peu de photos. Les murs sont recouverts d’un papier peint aux motifs anciens censés restituer un effet de vernaculaire aux images exposées comme on dit d’un effet de réel à l’image même.

Les photos de différents formats sillonnent les murs sans se suivre, l’axe du regard se disloque. On lève les yeux, on s’approche des plus petits formats avant de s’éloigner pour saisir les plus grands formats. La distance ainsi en mouvement, ce va-et-vient incessant face aux images induit ce sentiment d’inconfort face à ce que l’on voit. Cette question de la bonne distance qui se pose se dédouble avec le sentiment d’inutilité des images présentées. Le doute est nécessaire mais presque plus permis.

Les images de la dislocation du Bloc de l’Est, les images d’Auschwitz, les ravages du Thatchérisme Britannique, tout est là sous nos yeux pourtant nous savons pertinemment et le photographe avec nous que documenter ces tristes événements ne sert à rien. Tout recommencera ou l’a déjà été et la photographie est impuissante. Et cela, Stéphane Duroy le sait.

Cependant, il faut éprouver ces quarante ans de photographies pour le comprendre. Et puisque les images nous mentent, peut-être que le message d’impuissance qu’elles nous servent depuis le début est erroné aussi. Alors, le doute comme l’image persiste.

Enfin, si le pouvoir de représentation de l’image est limité, si une image ne nous apprend rien peut-être que confronter ces images à autre chose peut les faire parler. Le Rien qui auparavant désignait positivement quelque chose. C’est ce rien mué en quelque chose de fragile que Stéphane Duroy va traquer dans les livres au sous-sol de l’exposition.

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Double page réalisée à partir du livre Unknown en 2015.

Ayant récupéré un ensemble d’exemplaires défectueux chez son éditeur ( défectueux comme la force de l’image à nous transformer), le photographe transforme les pages de ses livres en tous les sens. Il s’évertue à faire parler encore ces images auxquelles il ne croyait plus. Il les confronte à des peintures, aux titres de journaux axés sur les Etats-Unis; Les découpe, les rassemble, colle,  recadre et décadre sans cesse ses images.

Pour un peu, on se croirait en salle de réanimation des images. Au mur, elles n’en finissaient pas de mourir et notre croyance en leur puissance aussi. Ici, elle s’animent à nouveau sous nos yeux. Du sang neuf leur a fait du bien. Elles revivent.

La photographie est morte. Vive la photographie.

Le site de l’exposition : http://www.le-bal.fr/2016/12/stephane-duroy

A noter que l’espace photographique Leica 105-109 rue du Faubourg Saint-Honoré – 75008 Paris consacre une exposition au photographe : http://leica-camera-france.fr/magazine-photographie/stephane-duroy-0

 

 

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