Exposition hommage à HIROYASU NAKAI 中居裕恭, »Inner-North »à la galerie In)(Between.

Cette exposition présente une partie du legs du photographe japonais né en 1955 et disparu le 17 février 2016.

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Qui était Hiroyasu Nakai? En France et au-delà du cercle photographique au Japon, cette question peut se poser. En effet, après avoir été l’élève de Eikoh Hosoe en 1976, il intégra ensuite la galerie CAMP fondée notamment par Daido Moriyama dont il deviendra l’ami et le compagnon de virées nocturnes dans les bars du Golden-Gai. Plus tard, de retour dans sa province, il supervisera une galerie à Hachinoe de 1988 à 2000, la galerie « Hokuten ».

Cependant, l’œuvre de Nakai-san reste largement inconnu en dehors des frontières de son pays natal, alors qu’il fait partie des photographes reconnus par ses pairs au Japon. Une exposition hommage a eu lieu d’avril à septembre 2016 au Shuji Terayama Memorial Hall dans sa région de Tohoku, avec une sélection d’images par Daido Moriyama.

L’exposition qui lui est consacrée aujourd’hui à la galerie in)(between vise ainsi à faire connaître son travail au-delà de cette double frontière à la fois photographique et géographique à laquelle il est attaché. En effet, la notion de géographie chez Nakai est primordiale tant est manifeste sa volonté de voir, d’enregistrer et d’interpréter tout ce qui formait autour de lui un environnement spatial unique situé dans la région de Tohoku au nord du Japon auquel il restera fidèle toute sa vie.

Aussi, l’approche entomologiste est prégnante dans une large partie de ses » images. Il saisissait de près ou de loin les visages seuls et les groupes qui arpentaient les rues des villes de la Préfecture d’Aomori.

Mais son intérêt pour son environnement direct allait bien au-delà. Il en saisissait aussi le rude climat halluciné. Ce climat hostile du Nord qui au cœur du travail de Ichiro Kojima dans sa série : « To the North , From the North » réalisée à la fin des années 1950. Ichiro Kojima et Hiroyasu Nakai »étaient tous deux natifs de la région d’Aomori et leur œuvre respectif en est fortement marqué. Toutefois, si cette proximité géographique se reflète dans leurs travaux, la filiation artistique entre les deux est seulement partielle.

En effet, chez Nakai-san, en plus de l’approche documentaire, son regard adopte aussi une esthétique plus en rupture et proche parfois de celle du mouvement Provoke et de l’abstraction qu’il intégrera en s’intéressant notamment à des formes de nature morte.

Ainsi, au regard du corpus de l’œuvre examiné pour l’exposition (près de 200 images), le style des images réalisées par Nakai-san semble épouser le rythme des saisons et du climat de sa région »: documentaire et solaire aux beaux jours puis se faisant sombre et halluciné lorsque le climat se fait plus difficile. Ce sont ces variations qui impriment la pellicule de Nakai-san comme elles imprimeront sa sensibilité et son regard.

Ces deux versants, qui cohabitent et se rejoignent parfois, forment les facettes du même chant d’amour adressé par le photographe à une région, la sienne et que l’allemand traduit mieux par la notion de « Heimat ». Pourtant aucune nostalgie ne caractérise ses images. Elles forment une vision subjective de ce qu’était sa région telle qu’elle l’inspirait. C’est à la découverte de ce travail protéiforme que cette exposition invite le visiteur.

Vernissage le jeudi 26 janvier à partir de 18h30.

Print show Sérigraphie : Samedi 18 février 2017.

Le site de la galerie : http://www.inbetweengallery.com/project/record-vol-27-%e2%89%aainner-north%e2%89%ab-hiroyasu-nakai/

Expositions de photographie, choses vues et aimées en 2016.

L’année s’achève, c’est l’heure des bilans comme dirait votre gestionnaire de Syndic. Alors, avant de passer à la suivante, j’ai sauvegardé la mémoire des expositions vues et qui m’ont marquées chacune à sa façon en 2016.

Trêve de bavardage, venons-en à l’essentiel, voici dans le désordre ma liste des expositions marquantes de l’année :

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Petit mur de grands souvenirs : extrait du cartel : « Mais ici pas de mur de Lamentations. Certains arrivent à s’en sortir. Et c’est tant mieux. »

« Un soir j’ai assis la beauté sur mes genoux » Le bar Floréal.photographie : 1985-2015 au Pavillon Carré de Baudoin, commissariat de Françoise Huguier :

Une exposition qui signe la fin d’un collectif de plus de 30 ans qui s’est illustré dans divers champs photographiques avec une forte ouverture sur la société à travers les interventions, ateliers organisés et aussi les thèmes des travaux photographiques exposés. Je me rappelle avoir parcouru les salles de l’exposition le cœur un peu serré comme on peut l’être en feuilletant l’album d’une période terminée. Intelligemment, l’exposition se terminait sur les travaux actuels et en cours des membres du Bar floréal. L’aventure se terminait là mais les aventures  des uns et des autres continuent.

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Lignes de Vie, Nicolas Quinette.

-Dans l’atelier, l’artiste photographié au Petit-Palais, Commissaires : Delphine Desveaux, Susana Gállego Cuesta et Françoise Reynaud :

Il est rare aujourd’hui qu’une exposition de peinture ou de sculpture ne présente pas une petite section photographique centrée sur la biographie de l’artiste ou la vie de son atelier. L’originalité de l’exposition était d’en renverser la proposition, consacrant une exposition imposante de plus de 400 photographies à la photographe d’atelier. C’était dense et touffu, le choix de l’accrochage thématique était tout de même heureux en ce qu’il permettait de saisir les constantes du thème par delà les époques.

Au fil des salles on voyait le rapport quasi servile à l’égard des autres arts. Oui le photographe d’atelier n’était là que pour mettre en valeur l’artiste, il participait par ses images jugées réalistes à construire ou consolider le mythe de l’artiste en majesté dans son atelier. La photographie servait aussi à diffuser les images des œuvres.

Le maitre du genre était Edmond Bernard et sa série de la seconde moitié du 19ème siècle « Artistes chez eux« .

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Dans la suite du parcours, la photographie quittait l’atelier en même temps que l’artiste, avec ici Camille Corot dans la nature en 1871 saisi par Charles Desavary.

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Il fallait en passer par cette partie historique un peu rébarbative de l’exposition pour en arriver à sa partie conclusion la plus intéressante à mes yeux. Celle où le photographe prend place dans l’atelier et fait de celui-ci l’endroit de sa méditation photographique. A l’égal des autres artistes.

L’exposition y prenait la forme d’un récit d’émancipation et c’était réjouissant. En plus du plaisir de voir une rare image du regretté Daniel Boudinet, autoportrait à l’agrandisseur.

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-Louis Stettner à la Galerie de photographie du Centre Pompidou, commissaires : Mnam/Cci, Clément Cheroux et Julie Jones :

Louis Stettner est disparu en octobre 2016, quelques semaines après la fin de son exposition rétrospective que lui a consacré la galerie de photographies du Centre Pompidou. Sa « carrière » s’étire donc sur plus d’un demi siècle. Dans l’article que j’avais écrit à ce sujet, j’avais noté : « A chaque série exposée, une image ou plusieurs, font penser qu’à défaut d’originalité, aucun autre regard n’aurait pu mieux voir et donc donner à voir tel ou tel sujet. » Au moins, on ne pourra pas me reprocher l’inconstance de mes opinions.

Au regard de sa longévité, il y a avait des travaux qui empruntaient à d’autres le style employé. Ainsi, à Paris à la fin des années 1940, ses photos penchent un peu vers l’humanisme.

C’est chez lui, aux États-Unis et à New-York qu’il élabora ses premières photos marquantes et qui firent par la suite sa renommée, surtoutnotamment en dehors des États-Unis d’ailleurs.  Ci-dessous, extraits de la série Penn Station 1958.

Louis Stettner, Woman with white glove, from the series Penn Station, New York, USA, 1958Louis Stettner, Card Players, from the series Penn Station, New York, USA, 1958

Rares sont les photographes n’ayant pas eu  ou de parcours initiatique empruntant ici ou là en attendant que s’affirme leur regard ou par la suite de panne d’inspiration donnant l’impression d’avoir épuisé leur regard. Dans une rétrospective, certains font le choix d’oublier cette part-là. Ce n’était pas le cas ici. Alors parfois c’était moins bien et à d’autres on pouvait découvrir des travaux de toute beauté jusque là pas très connus.

Louis Stettner, Working in a print shop, from the series Workers, 1972-4
Working in a print-shop from the series Workers 1972-74.

– Melos de Guillaume Lebrun à la galerie Intervalle :

A l’instar des travaux  de Stéphane Duroy sur la mémoire de l’Europe, la série Melos de Guillaume Lebrun s’articule en forme de journal de voyage un peu particulier qui puise son inspiration, c’est à dire ses interrogations, dans les rapports entre l’histoire et le présent de ces régions d’Europe du sud-est.

Pour ce faire, ce voyage entrepris entre 2006 et 2012 et qui va d’Istanbul à Thessalonique en passant par la Bulgarie, combine des portraits vivants et des fragments inertes du passé de ces régions parcourues.

Un vaste territoire que le photographe tente d’appréhender à l’aide d’une variété de moyens offerts par le langage photographique : portraits, couleur & noir et blanc, photographie de rue, paysage etc.

Les fractures de l’histoire sont d’emblée montrées dans les traces que celles-ci laissent dans le paysage extérieur ou intime : Monuments abimés par le temps ou par l’histoire ou d’autres que l’auteur dérobe à notre regard en les laissant voilés à l’arrière-plan.

A ces utopies échouées, religieuses ou politiques, désirées ou imposées, répond un ensemble de portraits magnifiques de jeunes gens, à qui désormais semble incomber la singulière mission de se créer ses propres utopies, c’est à dire se construire un avenir qui tienne debout.

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– Aux Rencontres de la photographie d’Arles 2016 : 

Globalement j’ai trouvé cette édition intéressante, portant comme chaque année son lot d’expositions inintéressantes et surtout de bons travaux que l’on a plaisir à revoir comme les tirages Fresson de Bernard Plossu, les champs de bataille de Yan Morvan. Mon sentiment est que l’on y voit de plus d’installations photographiques qui pensent le rapport entre photographie exposée et regardeur. Plusieurs artistes se sont illustrés dans cette voie cette année. Il s’agit notamment de Yann Gross, Stéphanie Solinas et Eamonn Doyle.

J’y avais consacré un article dédié dont voici le lien , le sujet est un peu complexe pour être résumé en quelques lignes. https://placecliche.wordpress.com/2016/08/09/de-retour-darles-partie-2-les-installations-sont-en-cours/?iframe=true&theme_preview=true

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Eamonn Doyle

L’année photographique 2016 était finalement assez intéressante au niveau des expositions. J’espère qu’elle sera encore meilleure l’année prochaine. Rendez-vous en 2017.