« Divagation, sur les pas de Bashô », Exposition de Klavdij Sluban.

le photographe a entrepris un périple dans les pas du poète japonais Matsuo Bashô (1644 – 1694) auteur d’un carnet de voyage initiatique à travers le Japon : La Sente étroite du Bout-du Monde.

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Klavdij Sluban, lauréat du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts , expose actuellement et jusqu’au 20 novembre son récit de voyage au Japon sur les traces de Bashô.

Étant peu familier de la culture japonaise, la première question que je me suis posé avant d’y aller c’est qui est Bashô? Heureusement pour moi et ma culture crasse, le texte de présentation permet d’en savoir plus.

Ainsi, le photographe a entrepris sur une longue période et en plusieurs fois un périple dans les pas du poète japonais Matsuo Bashô (1644 – 1694) auteur d’un carnet de voyage initiatique à travers le Japon : La Sente étroite du Bout-du Monde.

Voilà pour le prétexte. A vrai dire, à la suite de ses précédents travaux réalisés au cours de voyages, notamment vers l’Est, Sluban continue son chemin de photographe voyageur sensible.

J’avais remarqué que ses photos étaient de plus en plus sombres depuis ses travaux à Kerguelen et Guernesey. L’exposition actuelle le confirme d’une certaine manière.

K.Sluban n’est pas un photographe voyageur classique qui chercherait à saisir une quelconque vérité dans un ailleurs éphémère. Il a compris qu’il n’y a de voyage qu’intérieur, l’exotisme de l’ailleurs n’étant qu’un chiffon rouge agité aux yeux de ceux qui ne peuvent voir autre chose que ce qu’ils sont venus chercher.

Dans les meilleurs des cas en voyage, on se rencontre soi. C’est tout ce qu’on peut trouver et c’est déjà pas mal.

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Dès lors, que reste-t-il à nos yeux avides? Un peu de lumière, de moins en moins, dans le noir infini. L’éclairage défaillant de la salle d’exposition me ferait presque écrire outre-noir tellement il dénature les images sombres exposées et c’est un peu dommage.

Il faut s’approcher de plus en plus pour voir des motifs clairs dans les photos de Sluban. Il y est de moins en moins aisé d’y embrasser du regard les images complètes. Il y a comme une impossibilité croissante d’y voir.

En effet, tout a été déjà donné à voir, vu voire archi vu. On ne peut plus voir le Mont-Fuji en photo. Qu’à cela ne tienne en voici une image masquée qui le montre au loin comme un décor immuable auquel on ne fait plus attention.

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Une section de l’exposition est consacrée aux rencontres humaines faites sur place par le photographe. Il s’agit la plupart du temps de passants croisés au gré de ses voyages. Sauf un portrait du gardien du Temple posant pour le photographe qui n’est d’ailleurs pas indiqué spécifiquement dans la galerie. Au fond, on s’en doute, peu importe. Sluban voyage comme les passants qu’il croise, la matérialité de la rencontre est là mais il ne s’agit pas vraiment de rencontres.

Par leur esthétique minimale et frontale ces images agissent comme un marqueur de passage, quelque chose de mouvant occupe l’arrière plan de ces images et la position du regardeur peut s’y déployer.  Il ne s’agit donc de contre point à l’aspect inhabité de la plupart des images exposées mais surtout d’une preuve in praesentia de l’impossibilité de toute rencontre en ce qu’elle est censée fixer quelque part.

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La lumière erratique dessine des lignes anguleuses. Le contexte est plutôt sombre comme s’il s’agissait de pénétrer par rétroprojection au plus profond en soi pour tenter d’y voir quelque chose. Il s’agit probablement, comme le disait le poète, de fondre la nuit à coup de hache pour y faire pénétrer un peu de lumière.

Le site de l’exposition : http://www.academie-des-beaux-arts.fr/prix/photo/klavdij_sluban.asp