« Inhancutilitatem » Exposition de cyanotypes de Josef Nadj au Collège des Bernardins.

A l’heure où d’aucuns s’interrogent sur le caractère sacré de la matérialité de l’objet photographique le collège des Bernardins à Paris présente dans son ancienne sacristie une série réalisée avec l’un des procédés les plus anciens de la photographie: le cyanotype.

Avant d’aborder les travaux du chorégraphe et plasticien Josef Nadj rassemblés dans la série Inhancutilitatem, il n’est pas inutile de se rafraîchir les idées à propos de ce procédé grâce à Wikipedia : « Le cyanotype est un procédé photographique monochrome négatif ancien, par le biais duquel on obtient un tirage photographique bleu de Prusse, bleu cyan. Cette technique a été mise au point en 1842 par le scientifique et astronome anglais John Frederick William Herschel. »

Une des particularités de ce procédé est donc qu’un photogramme de n’importe quel objet peut être obtenu sur n’importe quelle surface rendue photosensible.

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Pour ce faire, chaque cyanotype fixe les contours de l’objet apposé et marque à jamais pour ainsi dire sa présence advenue sur la surface photosensible.

Depuis British Algae (1841-1853) de la britannique Anna Atkins (1799-1871), le procédé a connu peu d’évolution. Aujourd’hui, Josef Nadj s’inscrit pleinement dans la continuité de ces travaux pionniers.

En préambule à l’exposition le texte de présentation des œuvres indique :  » Pour son exposition du Collège des Bernardins, Josef Nadj a voulu reprendre l’histoire du cyanotype, cet ancêtre de la photographie, là où elle s’était arrêtée – il y a plus d’un siècle ». De même, si Nadj s’inscrit dans les pas de Anna Atkins, au regard des œuvres exposées, il n’y a pas de dimension scientifique dans sa démarche au contraire de la pionnière.

Si la volonté d’une sorte de reprise aux sources du procédé est ici manifeste, précisons tout de même que le procédé cyanotype n’avait pas totalement disparu même s’il a connu peu d’évolutions depuis son invention.

Alors que dire des images exposées : En effet, la particularité unidimensionnelle réduit la part créative des œuvres à la composition de l’objet, ici des feuilles ou branches dont la trace est conservée sur la surface sensible.

Ainsi, s’y organise un ballet de motifs allant de l’abstrait au plus figuratif. Devant un ensemble de branches, le regardeur peut laisser vagabonder son imagination se figurant peut être y voir un feu d’artifices de formes blanches sur fond bleu de Prusse. Sur d’autres images, figurent plus simplement les contours de feuilles ou de tiges assemblées de façon plus ou moins ordonnée.

La capacité d’évocation des compositions ainsi obtenues semble infinie tant elle s’attache peu à figurer simplement l’objet mis en contact des photogrammes. C’est ainsi la limite unidimensionnelle du procédé qui fixe la puissance évocatrice des œuvres.

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L’effet de paradoxe de voir de près ces œuvres exposées est de sentir une forme d’absence  de la photographie faite traditionnellement de distance, d’angle de vue et de mise en ordre du visible. C’est à dire tout ce que le cyanotype ne peut pas. Alors même qu’aucun autre procédé ne met en contact de façon si proche le matériel et sa reproduction sur la surface photosensible.

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Ainsi, le visible unidimensionnel qui surgit des images exposées réside surtout dans l’imagination déployée du regardeur. Ce qui semble l’horizon indépassable du cyanotype à ce jour.

Le site de l’exposition : https://www.collegedesbernardins.fr/content/inhancutilitatem-de-josef-nadj

 

 

 

 

 

 

 

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