Rester Vertical, un film d’Alain Guiraudie.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on attendait avec impatience le nouveau film d’Alain Guiraudie après le très abouti et enthousiasmant « L’inconnu du Lac ».

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Voici donc « Rester Vertical », attendu au tournant et dont le personnage principal un scénariste en errance, emprunte quelques uns des virages serrés sur les routes étroites et des magnifiques Causses.

Si le personnage principal négocie très bien ces quelques virages en épingle, il s’agit aussi pour le réalisateur d’emprunter avec nous un nouveau chemin quittant ceux parcourus dans son précédent film.

Toutefois, si les paysages et la quête du personnage principal, sorte de double du réalisateur à quelques égards, sont différents d’un film à l’autre, demeurent quelques invariants du cinéma de Guiraudie : La maestria de la mise en scène et sa maîtrise du cinémascope, Le thème de l’homosexualité, un panthéisme inquiet et la prédilection du cinéaste pour des acteurs et des gueules peu connues.

Le film débute donc sur une petite route de campagne, le personnage principal s’arrête précipitamment à la vue d’un jeune homme debout au bord de la route. Le prétexte est cinématographique, il lui propose sans succès de faire des essais. Toutefois, la mise en scène induit surtout une tension érotique qui en fait plus une scène de drague pulsionnelle où le désir de cinéma ne serait qu’un prétexte à satisfaire un autre désir concomitant plus impérieux celui-là.

Il en est ainsi durant tout le film où désir d’écrire et désir se confondent. Si comme l’écrivait Francois Truffaut, les films sont des trains qui avancent dans la nuit,  « Rester Vertical » file le train chaotique et brinquebalant du personnage principal au gré de ses désirs et de ses rencontres.

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Une première rencontre dans les Causses avec une bergère armée et le personnage solitaire devient père puis rapidement seul en charge de son enfant. Cette période du film est singulière. Elle fixe le personnage principal dans une situation qu’il semble à la fois redouter et affectionner à la fois, une vie de parents à la campagne. Puis, le malaise croissant et face à l’incertitude c’est la femme qui tranche et s’en va abandonnant l’enfant à son père.

C’est à partir de maintenant que le film à l’attelage original constitué d’un père aux désirs homosexuels son bébé aux bras emprunte des chemins de traverse vers une destination inconnue.

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Il y rencontrera pêle-mêle une fée habitant au cœur des marais où l’accès se fait en barque. Suivront des visions cauchemardesques du héros du film avec son enfant littéralement dépouillés par un groupe de marginaux brestois et miraculeusement sauvés par le grand-père de l’enfant et le nouveau compagnon de la mère.

Des séquences qui si elles semblent mal s’insérer dans le fil narratif du film disent clairement le malaise du nouveau père tiraillé entre vivre son désir s’inscrivant pleinement dans la quête et son fort attachement à son enfant et la difficulté de concilier les deux.

Ces séquences à la symbolique marquée, traduisent une inquiétude sourde chez le personnage du film, est-ce possible de concilier désir homosexuel mouvant et paternité? Une question qui si elle est souvent débattue dans l’espace public se pose de façon nouvelle dans le cinéma de Guiraudie.

Toutefois, le malaise à l’œuvre dans le film dévie rapidement d’un questionnement spécifiquement sexué vers une crainte plus commune, celle de ne plus avoir les moyens matériels de subvenir aux besoins de son enfant. Ainsi, à la suite de l’intervention des services sociaux l’enfant est remis à sa mère.

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Dès lors, les craintes et les angoisses du personnage projetés sur sa relation avec son enfant se muent en angoisses qui se matérialisent symboliquement par un retour à la ferme et la peur du loup. De père il se mue en berger. Le personnage principal est recueilli par son ex-beau-père. L’ex-père potentiel redevient un enfant. Un enfant inadapté sauf à veiller sur son troupeau de bêtes et affronter debout la meute des loups.

Ainsi, le film tente d’avancer tel son personnage principal entre les peurs symboliques et désir bien réel de continuer à exister coûte que coûte. Quand bien même cela ne se fasse pas toujours narrativement de façon fluide à l’image, il n’en reste pas moins que par les thèmes qu’il aborde et son sens de la mise en scène, Guiraudie soit un des cinéastes les plus passionnants qu’on ait actuellement en France.

 

 

 

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