De retour d’Arles ; Partie 3 : Les illustres anciens.

Pour débuter, honneur au plus illustre des anciens dont les Rencontres présentent une rétrospective, j’ai nommé le photographe anglais Don McCullin (81 ans). L’originalité de cette exposition « Looking Beyond the Edge » à l’Église Sainte-Anne est de ne pas s’attarder sur les photos de guerre réalisées par Mc Cullin et qui figurent aujourd’hui au panthéon du genre.

En parcourant les continents et les zones de guerre du Vietnam en Irlande du Nord et de Beyrouth au Biafra, le photographe anglais a réalisé des images qui ont certainement marqué leur époque et qui reste aujourd’hui encore extrêmement reconnaissables. Mais il n’a pas réalisé que des images de guerre. C’est tout l’intérêt de cette exposition de le montrer.

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Bradford vers 1973.

En effet, à côté de quelques icônes maison exposées en grand format ou dans leurs publication presse d’origine, on peut voir ou revoir le travail documentaire de Mc Cullin et probablement découvrir son travail sur la nature et le paysage.

Le jeune Mc Cullin a beaucoup photographié et avec tendresse son environnement social décati de l’après guerre ; Puis, parallèlement à son travail de reporter de guerre, il a posé son regard sur une misère sociale du nord de l’Angleterre plus aiguë encore que celle qui l’a vu grandir.

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Bradford vers 1973.

L’autre versant exposé dans l’œuvre de Mc Cullin, plus nouveau pour moi , est son travail sur le paysage et notamment la nature qui entoure sa demeure du Somerset.

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Somerset, vers 1988.

Je dois dire que ce travail sur le paysage m’a peu convaincu. Autant j’apprécie son travail social et évidemment son travail sur les conflits, autant ses paysages très sombres m’ont semblé relever d’une veine esthétisante que je goûte peu d’habitude. En comparant cette série avec ses autres images, j’étais assez étonné de voir si peu de tendresse ou de joie dans ces paysages alors que ses images terribles de guerre dégagent une empathie qui les rend bien plus supportables et émouvantes.

Les commissaires de l’exposition évoquent au sujet de ces paysages la veine romantique allemande. Certes, il y a des similitudes dans la méthode mais vu l’aspect apocalyptique de la noirceur des paysages, j’y vois comme un exorcisme des misères de la guerre projetées à vide sur le spectacle de la nature. Et ce n’est hélas pas très emballant.

Les vieux photographes, semble-t-il, supportent de moins en moins de voir des humains sur leur images. L’évolution de Mc Cullin me rappelle, toutes proportions gardées, celle de Koudelka qui lui aussi ne photographie plus d’êtres humains ou du moins ne montre plus de telles images et vogue vers une sorte d’abstraction graphique et politique quelque peu désincarnée.

La photographie étant affaire de contraste, enchaîner les expositions doit l’être aussi. Alors après la noirceur de Mc Cullin j’ai pris la direction de la chaleur et de la beauté colorée des images de Bernard Plossu.

Étonnamment, le français âge de 71 ans a droit cette année à sa première exposition personnelle aux Rencontres, « Western Colors » à la salle Henri-Comte.

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A droite : White Sands USA 1980.

La petite salle contient une vingtaine de tirages, ce qui est assez peu je trouve vu le corpus Plossuéen. Tant aussi que les images de Plossu, vues et revues, inspirent pour beaucoup d’entre elles une joie profonde et sereine.

D’aucun considèrent les procédés de tirages alternatifs tels que le Fresson comme pictorialistes voire réactionnaires.

Pictorialiste ça l’est certainement un peu en ce que le photographe vise ici peu au réalisme mais réactionnaire je ne crois pas. La particularité des procédés de tirage alternatifs est que cela concentre notre regard dans le cadre et obère pour un temps le hors champ.

Si l’on regarde un daguerréotype aujourd’hui on va probablement s’attarder sur l’objet plus que sur le sujet cadré et hors cadre. Lorsque le tirage argentique aura malheureusement disparu, il est fort probable qu’on regardera les tirages argentiques avec autant de curiosité que celle avec laquelle on regarde aujourd’hui les tirages Fresson .

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L’imprécision ontologique du procédé Fresson s’accorde parfaitement avec les évocations d’un imaginaire fécond qui a nourrit Plossu lors de ses voyages vers l’ouest. Il crée ainsi un équilibre instable mais puissamment évocateur entre la matérialité physique de l’image et l’imaginaire qui l’a nourrit.

Alors, malgré toute la couleur sur ces images, c’est bien dans une zone grise interstitielle entre réel et imaginaire que s’inscrivent les photographies de Bernard Plossu. C’est par cette zone grise que l’on peut cheminer quelques instants dans l’imaginaire coloré du photographe. Et de son tireur.

 

 

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