De retour d’Arles ; Partie 1 : Mauvais genre et Misogynie au Parc des Ateliers.

En arrivant au parc des Ateliers, les anciens locaux techniques de la SNCF transformés en halls d’exposition des Rencontres Photographiques d’Arles, on aperçoit maintenant le chantier bien avancé de la tour Luma dessinée par Frank Gehry. A côté des anciens hangars à proprement dit, ont émergé deux bâtiments tout neufs, fort agréables et fonctionnels appartenant à la Fondation.

La première exposition à visiter sur place se déroule dans un ancien bâtiment géré par la Fondation Luma tout près du chantier de la tour. Dans un large espace sous les toits, 8 écrans en demi cercle sur plus de 40 mètres diffusent une vidéo de William Kentridge « More Sweetly Play the Dance, 2015 ». Sur un fond dessiné erratique, l’artiste sud-Africain propose de suivre une fanfare en procession.

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On y voit des personnages de danse macabre évoluer le long des murs d’écran au son d’une musique de fanfare joyeuse. Au-delà de la prouesse technique organisant à merveille la superposition d’éléments mobiles usant de la profondeur et de la longueur des différents écrans, l’aspect enveloppant de l’installation nous immerge dans l’action projetée et emporte l’adhésion par l’allégresse ambiguë qu’elle imprime à l’ensemble.

Quittant la chaleur de l’Atelier de la Formation, on passe au  programme officiel d’Arles qui présente une exposition « Mauvais Genre » à l’Atelier des Forges. Il s’agit de photographies de travestis, transsexuels, artistes de cabaret à partir des années 1920,  collectées et exposées par Sébastien Lifshitz. L’exposition contient un grand nombre d’images, un choix plus resserré aurait probablement mieux servi le propos de l’exposition et quelque peu soulager le visiteur déjà bien abreuvé d’images lors de son séjour arlésien.

Le parcours de l’exposition évolue en deux temps. D’abord dresser un état des lieux du transformisme de spectacle et dans quelques lieux d’enfermement à partir des années 1920. Le second volet de l’exposition, peut être le plus inattendu et intéressant, est consacré aux images d’un transformisme plus militant.

En matière de photographies de transformistes de cabaret, de camps de prisonniers et de théâtre Buthô, Les trouvailles du commissaire sont assez extra ordinaires. il s’agit la plupart du temps de tirages en petit format d’assez bonne qualité vu leur ancienneté. Beaucoup prêtent à sourire vu les poses des personnages ou les accoutrements parfois assez improbables.

La deuxième partie de l’expo s’attarde sur les pratiques transformistes ou transsexuelles plus militantes et donc plus subversives. C’est la partie la plus passionnante de l’exposition. Des étudiantes, des communautés bravant les interdits pour vivre une sexualité de leur choix. Le plus touchant dans ces images c’est finalement de ne point y voir un air de défi dans le fait d’exhiber dans un cercle restreint ce mode de vie mais simplement le désir de vivre la vie de son choix. Quitte à braver l’opprobre.

En effet, le propos liminaire de l’expo évoque la théorie du genre à propos des protagonistes de l’exposition. Toutefois, si le transformisme a certainement participé de l’évolution des mœurs, il est injuste de faire endosser à des prisonniers se grimant en femmes dans les camps de prisonniers un discours de ce type sur le genre. Dans le cas du théâtre et du monde du spectacle il s’agit plutôt d’un renversement de perspective mais sans changer de référent. Ainsi, en absence de femmes, on recrée la vue traditionnelle du genre en en exagérant les contours et par la même l’accoutrement des protagonistes . La charge subversive est ainsi assez réduite. Contrairement aux images de communautés à la sexualité libre où il ne s’agit plus de renverser une perspective mais bien d’abolir toute référence à un modèle unique. C’est ce qui fait la force subversive de ces images et donc tout leur intérêt.

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Universitaires américaines féministes.

 

Du mauvais genre à l’histoire de la misogynie, il n’y a qu’un pas. Ou plus exactement, il faut traverser quelques ateliers et aller au Magasin électrique pour voir l’exposition de Laia Abril « Une Histoire de la Misogynie, chapitre un : de l’Avortement ».

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Vue de l’exposition.

Le titre de l’exposition fixe l’horizon d’attente du visiteur et il est ambitieux. Une petite incohérence apparaît au début du parcours.

Des intestins d’animaux  et autres objets de contraception fort peu ragoûtants voisinent dans le parcours avec des outils d’avortement par destination à l’usage des faiseuses d’ange.

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Laia Abril « Une Histoire de la Misogynie, chapitre un : de l’Avortement ».

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Est-ce à dire que la contraception masculine relève de cette histoire de la misogynie? Ce serait un point de vue déformé et déformant me semble-t-il.

Dans la suite de l’exposition, des exemples du rôle de l’Église très active dans la lutte contre l’avortement ainsi que des groupes de pression qui agissent au quotidien et de façon très intrusive contre les médecins ou les cliniques où l’avortement est pratiqué aux  États-Unis, d’Amérique Latine ou même d’Europe. L’exposition nous rappelle aussi que près de nous en Irlande et en Pologne l’accès à l’avortement est toujours si restreint qu’il est quasiment interdit.

Ainsi après mis à nu ce processus d’oppression à l’égard des femmes et plus précisément qui s’exerce sur la liberté des femmes à disposer de leurs corps. L’artiste espagnole, dispose sur les murs des portraits bouleversants de femmes ayant eu recours à l’avortement dans des conditions atroces et dont le récit glaçant noue l’estomac.

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Laia Abril « Une Histoire de la Misogynie, chapitre un : de l’Avortement ».

Cette partie constituée surtout de témoignages m’a bouleversé alors que la première « technique » m’a un peu écœuré. Dans la mise à nu d’un processus d’oppression, la froideur des instruments ne touche jamais autant que les effets induits sur les victimes. La froideur des instruments s’adresse à l’intellect, alors que les récits des victimes nous touchent au plus profond dans cette part humaine en nous qui est niée à ces femmes meurtries.

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