Exposition de Francesca Woodman à la Fondation Henri Cartier-Bresson.

L’imagier de Woodman se meut dans le cadre photographique qu’elle impose à son corps comme peut se mouvoir le corps adolescent. Il se fait plastique dans un cadre relativement rigide à l’image de l’ethos adolescent dans un corps gauche qui l’étouffe.

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Avant d’écrire sur Francesca Woodman, inévitablement se pose la question :  qu’écrire de plus sur la photographe américaine suicidée à 22 ans?

Les épithètes à propos de son œuvre abondent : météorique fulgurant astre étoile filante etc.. Toutes aussi vraies les unes que les autres autant que peut l’être un chewing-gum qui colle aux baskets à deux cents boules d’un visiteur d’une galerie du Haut-Marais. C’est dire si c’est encombrant.

Ainsi, la fondation expose des séries entières de Woodman, chose peu fréquente finalement. Quasiment jamais exposée en galerie, sa dernière grande exposition à Paris date de 1998 à la Fondation Cartier.

D’emblée évacuons les ratés de l’exposition, son titre ‘On being an angel’ et le choix de la couleur rose aux murs dans les salles! Un choix étonnant tant il semble dissonant avec le une forme de mal-être qui se dégage du travail de la photographe.

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Autre dissonance constatée dans les salles de l’exposition, deux tirages grand format. Les parents de l’artiste veillant jalousement sur son œuvre, leur accord a certainement permis cela mais l’on ne comprend pas la plus-value d’une telle opération. Les tirages grand format sont dans l’air du temps, soit! Mis à part un effet décoratif qui remplit en surface plus d’espace, ce choix est en contradiction avec les choix de format faits par l’artiste de son vivant. Non pas qu’il faille toujours respecter ce choix aveuglément mais il est ici particulièrement en décalage avec le reste du corpus exposé.

Ces réserves étant posées, l’œuvre Woodmanien est là sous nos yeux, charnel et hautement instable.

De sa première image faite à l’âge de 13 ans jusqu’à 22 ans, Woodman n’a cessé de se photographier, établissant à l’aide de la photographie une sorte de mise à distance de son corps. il y est partout apparaissant disparaissant mais toujours enfermé dans un cadre carré rigide 6×6.

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Ne sachant que faire visiblement de ce corps encombrant elle tente la photographie pour s’en libérer et le confier à nous regardeurs bienveillants. Et il nous offert là : dissous, ferme, lascif, enrubanné. Pressentant sans doute la vanité d’une telle opération, elle proclame avec humour qu’il n’y a de modèle que soit-même en faisant porter des masques à ses amies.

A ce stade, il n’est pas inintéressant de faire un point téléologique dans l’œuvre Woodmanien. Qui fréquente un tant soit peu les réseaux sociaux peut voir à quel point internet est peuplé de photos de jeunes femmes offrant des images de leur corps tentant ainsi une forme de réappropriation du regard sur soi et sur son corps.

En effet, si le travail de Woodman s’apparente peu aux photographes féministes qui l’ont précédé en ce qu’elle met en scène une tentative de dompter un corps adolescent qui l’enserre dans un malaise intérieur, ses devancières optaient pour la déconstruction du rapport historique au corps de la femme.

Elle garde la maitrise de son corps en le photographiant comme elle l’a appris chez ses prédécésseures mais l’optique se porte vers l’incertain et l’instable caractéristiques de l’adolescence.

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Chaque jeune fille qui poste un nu d’elle aujourd’hui sur les réseaux sociaux doit quelque chose à Woodman même sans le savoir. En ce sens, l’artiste américaine disparue à l’orée de l’age adulte a une descendance nombreuse et un peu encombrante.

Néanmoins, ce qui distingue son œuvre c’est sa prodigieuse maitrise plastique de la photographie. Les tirages exposés sont sublimes de subtilité dans les tons. La maitrise des techniques reste impressionnante pour une jeune personne de son age.

Ainsi l’imagier de Woodman se meut dans le cadre photographique qu’elle impose à son corps comme peut se mouvoir le corps adolescent. Il se fait plastique dans un cadre relativement rigide à l’image de l’ethos adolescent dans un corps gauche qui l’étouffe.

Pour ceux qui fréquentaient déjà son œuvre, il n’y pas de surprise à attendre de la visite de l’exposition mais la confirmation d’un talent éclatant.

Le site de l’exposition : http://www.henricartierbresson.org/expositions/

 

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