Louis Stettner à la Galerie de photographie du Centre Pompidou

Le Centre Pompidou présente jusqu’au 12 septembre prochain une rétrospective du photographe américain Louis Stettner né en 1922.

Ce sont donc presque sept décennies d’un parcours photographique que l’on peut voir à la galerie de photographie. Au déploiement dans le temps, l’œuvre du photographe américain se déploie aussi des deux cotés de l’atlantique.

Démobilisé à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, Louis Stettner arrive en France en 1947 et commence aussitôt à photographier à la chambre le Paris d’après-guerre. Dans les décennies suivantes, il ne cessera de voyager entre sa patrie et la France ; Avant de se fixer définitivement en France à partir des années 1990. Selon l’artiste, c’est la raison pour laquelle son œuvre est plus reconnue en France que chez lui aux États-Unis.

Et bien l’un des grands mérites de cette rétrospective est de permettre de pouvoir réviser son jugement sur l’œuvre. Non pas nécessairement pour la sur-évaluer, Louis Stettner n’était pas un créateur de formes en photographie. Mais l’exposition permet de situer et de contextualiser plus précisèrent son œuvre dans la durée et dans son éclatement spatial et formel.

Ainsi, le parcours chronologique de l’exposition composé de travaux personnels ou de commandes éclaire d’un jour nouveau la justesse un peu oubliée du regard de Louis Stettner.

A chaque série exposée, une image ou plusieurs, font penser qu’à défaut d’originalité, aucun autre regard n’aurait pu mieux voir et donc donner à voir tel ou tel sujet.

De plus, il se sert assez naturellement des particularismes formels des différents courants photographiques que sa longue carrière ( qui n’est pas terminée) a pu lui laisser fréquenter.

Ainsi à Paris, son style est proche de celui des humanistes mais avec une touche d’étrangeté qui lui fait faire un pas de côté et l’empêche de faire simplement partie de la cohorte de suiveurs. Notamment en documentant le Paris nocturne vide de ses voitures en raison des difficultés d’après-guerre.

Louis Stettner, Square de Châtillon, Paris, France, 1949
Square de Chatillon Paris 1949.

 

A New-York en 1954, il photographie de la vapeur échappée d’une bouche d’égout. Une image simple mais depuis ô combien devenue un cliché emblématique de cette ville. Le temps ne rend pas justice aux icônes.

Louis Stettner, Manhole, Times Square, New York, USA, 1954
Times Square 1954.

Toujours à New-York quelques années plus tard, il photographie des passagers à la Penn Station. Des travailleurs en transit dans la métropole. Certaines images sont plastiquement superbes. Depuis, du Japon aux États-Unis en passant par l’Europe, des images telles que celles-ci sont caractéristiques de la condition humaine des travailleurs dans les toutes les mégalopoles.

Louis Stettner, Woman with white glove, from the series Penn Station, New York, USA, 1958
From the series Penn Station NY 1958.

Le parcours de l’exposition nous donne aussi à voir la maquette d’un livre de photographie jamais publié sur des pêcheurs espagnols. Ici, on sent l’influence graphique de Paul Strand et des photographies mexicaines des années 1320/40. Mais peu importe, Stettner est peu intéressé par l’originalité, il vise plutôt à la justesse du regard. Qu’est-ce que la justesse du regard en photographie? difficile d’y répondre, au moins se risquerait-on à dire que c’est juste lorsque le regardeur pense en regardant les images que c’est comme cela que ça doit être vu et donc montré et qu’autrement c’eut été moins bien.

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From the series Pepe & Tony 1956.
Dans la suite du parcours, on peut voir des images publiées dans un magazine avec l’un de ses nombreux reportages sur les travailleurs, russes cette fois-ci. Stettner se dit  marxiste. Il vise à montrer la condition ouvrière loin de tout réalisme socialiste édifiant. Certaines images ainsi exposées sont sublimes d’équilibre et de composition entre la part humaine de chaque ouvrier et son environnement de travail.

Louis Stettner, Working in a print shop, from the series Workers, 1972-4
Working in a print-shop from the series Workers 1972-74.

C’est l’un des traits marquants des portraits dans l’œuvre exposé, jamais le sujet ne devient objet photographique désincarné tant l’empathie du photographe pour ses modèles y est patente.

Un autre reportage publié dans un magazine allemand portant sur les beatniks de New-York, objet de crainte et d’appréhension à l’époque, est présenté dans le parcours.

En se concentrant sur un sujet féminin sur laquelle se porte un regard emphatique et peut être non dénué de désir, tout semble naturel dans ces images et pas de sensationnalisme. Pas fallacieusement trop proche mais à la même hauteur évitant ainsi tout jugement.

 

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Nancy Greenwich Village. 1958-1960.
Tout au long du parcours de l’exposition, le regard de louis Stettner se fait plastique faisant preuve d’une capacité d’adaptation et de justesse extraordinaires.

Alors finalement peu importe que d’autres séries exposées soient de moindre intérêt tant que le talent de Louis Stettner semble par moments si éclatant et empathique.

Le site du Centre Pompidou : https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-a09a3025672d2fc332bdaa59e7c49¶m.idSource=FR_E-eeb9e31ed244e9304b93257d5e1a5e41

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur « Louis Stettner à la Galerie de photographie du Centre Pompidou »

  1. Je suis allée voir cette expo en juin à l’occasion d’un petit séjour que j’ai fait à Paris avec mes amis, et j’avais beaucoup aimé ces photos. Mais cet article éclaire pas mal de choses que je n’avais pas forcément vues ou des détailles que je ne connaissais pas. Je suis ravie de revenir à cet artiste, à travers vos mots cette fois, et non plus seulement mon seul regard. Merci pour cet article !

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