European Photo Exhibition Award 03 à la Fondation Calouste Gulbenkian-Paris.

La trop discrète antenne parisienne de la Fondation Calouste Gulbenkian présente actuellement les travaux des douze lauréats de l’European Photo Exhibition Award 03.

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La trop discrète antenne parisienne de la Fondation Calouste Gulbenkian présente actuellement les travaux des douze lauréats de l’European Photo Exhibition Award 03.

Les artistes ont été invités à travailler sur le thème de Shifting boundaries. Landscapes of Ideals and Realities in Europe. Frontières et paysages deux thèmes fortement connectés que les photographes présentés questionne chacun avec sa sensibilité et son regard, offrant ainsi une variété de points de vus assez intéressante.

On attaque l’exposition par un diaporama des photographies du hongrois Ildiko Péter (1980).

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L’année 2015 a vu l’arrivée d’un nombre sans précédent de réfugiés en Europe. Pour tenter d’y faire face, le gouvernement hongrois a décidé de construire une barrière de 4 mètres de haut sur 170 km le long de la frontière avec la Serbie. Le flux de réfugiés se déportant sur les pays voisins,  la Hongrie a rapidement élevé une autre barrière de 40km de long à sa frontière avec la Croatie.

Dans ce travail, Ildiko Péter documente  l’impact concret de ces décisions sur le paysage. On y voit des barrières et des hauts murs de barbelés apparaître pour ainsi dire au milieu  de nulle part.

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Pas d’humains visibles dans ces images. On y voit seulement les instruments de contrôle déployés à cet égard et que d’aucuns qualifient d’instruments de régulation.

L’absence de réfugiés ou de policiers aux frontières dans ces images accentue l’aspect absurde de ces actions dans le paysage vide.

Le paysage ainsi transformé et maltraité est aussi notre paysage mental et humaniste défigurés. L’effet de ces transformations semble désormais s’y inscrire pour longtemps.

A ces frontières qui barre la route, répond une autre frontière interne, celle qui sépare la capitale chypriote en deux parties, la république de Chypre et la partie turque de l’île. La photographe italienne Arianna Arcara (1984) documente l’existence de cette barrière dans sa série The Other Side ( Where Time Passes by But Stands Still, 2015.

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Cas unique désormais depuis la chute du mur de Berlin, la capitale Nicosie est coupée en deux.

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La photographe documente les traces brutes de cette séparation artificielle telle une survivance d’un passé encore présent mais qui semble anachronique et obsolète. Il y a comme un écho optimiste dans ces images à voir l’aspect décati de ces barrières.

Pas de frontières concrètes dans le travail de Marthe Aune Eriksen (1975) dans sa série The Vocabulary of Shadows, 2016.

Dans cette suite d’images monochromes de gris aux contrastes subtiles, c’est à une cartographie mentale de nos frontières que nous sommes conviés.

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Là, une zone de dépression sombre vient délimiter des surfaces planes, ailleurs des images de pierres émergent et vient rompre la platitude l’image.

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En complément d’autres travaux de topographiques quasi documentaire présentés dans l’exposition, cette série d’images, à la fois très concrètes dans sa littéralité et abstraites dans sa puissance d’évocation, nous rappelle à cette vérité première que toute frontière est fondamentalement une rupture aussi infime soit-elle dans la continuité spatiale. Et la force de ce travail est d’inscrire pleinement cette définition dans le champ photographique.

Ensuite, deux zones de guerre sont présentes dans les travaux exposés.

D’abord, il y a la série Kowitsch de Robin Hinsch (1987). Au cours de différents voyages, le photographe allemand a  rapporté des images réalisés au Donbass, cette région orientale de l’Ukraine théâtre sanglant de la guerre civile ayant éclaté à la suite de l’élection présidentielle de 2015 aux résultats contestés.

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De ce conflit peu documenté le photographe rapporte des images de destruction ou d’abandon. Curieusement, il y a comme une touche panthéiste dans l’alternance de ces portraits de jeunes soldats et de zones de guerre. Une impression accentuée par la pose doloriste des soldats et la taille des images proche des canons picturaux du genre.

L’autre conflit présent dans le parcours est le conflit Israélo-palestinien. Probablement l’un des plus documentés aujourd’hui.

Dans sa série Today i Am Human, 2015, le photographe norvégien Elvind H.Natvig (1978) dresse le portrait de réfugiés palestiniens. Deux approches sont à l’œuvre dans cette série.

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Dans la première, les visages des réfugiés est cadré de près en grand format. Si l’on regarde de plus près on peut apercevoir une superposition de motifs à l’image.

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Eivind H. Natvig from series title : Today I am a human format: 30x40cm technical: pigment print on silk paper year: 2015 (1950).

En effet, sous le visage de chaque réfugié portraituré on peut d’abord apercevoir des images des territoires palestiniens et d’Israël. Plus loin encore, on peut apercevoir des images de vestiges de villages palestiniens que les ancêtres de ces réfugiés ont dû fuir en 1948.

L’autre approche de la série consiste en une série d’images où des réfugiés ont été invités par le photographe à écrire en arabe leurs histoires d’exil en Norvège. Et ces récits bouleversants occupent à chaque fois toute la surface de l’image sur fond noir.

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Quand on sait la difficulté de documenter un conflit qui se déroule quasiment sous nos yeux ébahis tous les jours, il faut apprécier le travail décalé du photographe norvégien.

En effet, comment montrer le déracinement. Photographiquement parlant, cette question est abordée de biais ou parfois plus frontalement. Le choix ici de Natvag est de l’inscrire tel un palimpseste à l’œuvre. Un palimpseste de l’image et des sujets de l’image. Et c’est assez beau.

Quant au choix de montrer des lettres, il est aussi surprenant que réussi. En effet, que peut une image face une vie jalonnée de drames et de ruptures. On dit d’une certaine photographie qu’elle donne la parole à ceux qui ne l’ont pas. C’est ce que fait ici le photographe. Il met en scène l’échec de toute photographie à résumer en images tant de souffrance. C’est délicat et respectueux à la fois d’une certaine idée de la pratique photographique et surtout des sujets de cette photographie.

Un autre photographe a retenu toute notre attention. Il s’agit de Jakib Gansleimer (1990) auteur de la série Lovely Planet : Poland, 2015.

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A la manière d’un guide de voyages, le photographe associe des images de Pologne, ses cités médiévales restaurés, ses logements ouvriers délabrés, ses centres commerciaux à l’architecture originale à des écrits descriptifs usant du même ton que ceux des guides touristiques.

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Certaines images de la série sont plastiquement superbes et donnent presque envie non pas d’envahir mais seulement de visiter la Pologne.

Par ailleurs, à la beauté des images exposées, s’ajoute la pertinence de l’installation. En effet, derrière son aspect léger où chaque texte peut être associé à l’image le jouxtant tel un jeu de Leggo, il s’agit aussi d’exposer de façon ludique la vanité de toute démarche topographique potentiellement composée et recomposée à l’infini dans l’œil du photographe et dans l’esprit du regardeur.

En fin de parcours est exposée la série The Boys are Back, 2015 de Christina Werner (1976) qui présente ses travaux de recherche sur les réseaux et le discours de l’extrême droite en Europe. Cette installation sonore contient une projection vidéo, des collages photographiques et un livre.

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L’image ci-dessus est extraite d’une vidéo volontairement décadrée, le son de différents discours aux intonations martiales de leaders d’extrême droite européenne est diffusé en boucle.

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Les mosaïques de collages photographiques recomposent des images disparates de rassemblements d’extrême droite. Rien ne ressemble plus au foisonnement de bannières levées  dans une manifestation d’extrême droite que la même chose dans une autre manifestation du même tonneau aux quatre coins de l’Europe. L’effet d’assemblage assez efficace est proportionnel à l’inquiétude qui peut nous saisir à la vue de ces images.

Ainsi, Christina Werner nous donne à voir et à écouter les signes inquiétants de la continuité spatiale et temporelle des réseaux de l’extrême droite européenne.

Ce travail de l’artiste autrichienne sera rassemblé dans un livre à venir « Neues Europa ».

Il n’était pas inutile, loin de là, de nous rappeler en fin d’exposition, à quel point l’extrême droite peut faire partie de notre paysage culturel, social et politique en Europe et quel impact peut-elle sur le modelé des frontières intra et extra-europoéennes et donc sur une partie de ce qui nous détermine.

Enfin, il faut saluer le travail des commissaires de l’exposition pour la richesse et la vigueur des travaux exposés.

Le site de l’EPEA : http://www.epeaphoto.org/

Le site de la délégation parisienne de la Fondation Gulbenkian : http://www.gulbenkian-paris.org/expos_en_cours

 

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