Gerard Petrus Fieret au Bal.

S’il est évident que la biographie d’un artiste conditionne à des degrés divers sa production. Il s’avère que certains artistes attirent plus l’attention sur leur biographie que d’autres.

Jusqu’au 18 août, le Bal présente la première exposition monographique consacrée en France au photographe néerlandais Gerard Petrus Fieret actif une dizaine d’années au tournant des années 1960 et 1970.

S’il est évident que la biographie d’un artiste conditionne à des degrés divers sa production, il s’avère que certains artistes attirent plus l’attention sur leur biographie que d’autres.

Dès lors, la tentation est grande d’aller chercher des explications ou des clés de compréhension d’une œuvre dans la biographie de son auteur.

Le cas de Petrus Fieret est assez symptomatique de ce cas de figure.

Sa vie durant, il a mené une vie de marginal, troublée par des épisodes psychotiques plus ou moins longs. Il a aussi entretenu des rapports exécrables avec le monde de l’art. Des conditions extrêmes qui, si elles n’expliquent pas sa production, marquent profondément les conditions de réception et de diffusion de son œuvre.

(Lire à ce sujet l’article instructif de Gaby Wood paru dans le Telegraph en 2014 http://www.telegraph.co.uk/culture/photography/11257907/The-Dutch-master-who-died-in-squalor.html.)

S’il est impossible ici de faire abstraction de la vie et de la psychologie tourmentées de l’artiste, tant celles-ci paraissent extrêmes, nous nous garderons bien de tenter de percer le mystère de l’âme de l’artiste à la vue de ses photographies exposées au Bal.

Dans la mesure où la vie d’errance de Petrus Fieret est aussi inscrite physiquement dans ses tirages qui comportent de la poussière, des traces de pas, des griffures, des déjections de souris ou pigeons, nous nous contenterons en paraphrasant Marcel Proust dans « Contre Sainte-Beuve » de distinguer l’homme qui souffre de l’homme qui photographie.

De cet homme-là, l’exposition déroule un parcours en 200 images et un film sur l’auteur.

De l’œuvre exposé ici, nous ignorons dans quelle mesure serait-ce le reflet exact de l’œuvre global de Petrus Fieret qui a produit des milliers d’images.

Toutefois, au regard du parcours proposé, on peut distinguer trois thèmes principaux  dans cette exposition. Une distinction qui ne repose pas seulement sur des effets stylistiques tant ce qui nous intéresse ici serait plutôt de trouver une cohérence à un ensemble si disparate.

Le premier de ces thèmes est l’expression de l’obsession de Fieret pour les femmes et notamment pour leurs jambes. Pas très original me direz-vous et vous aurez sans doute raison.

Toutefois, ce qui marque l’intérêt de la chose au-delà du cercle des amateurs de belles jambes de femmes, c’est la variété d’approches mises en œuvre ici.

Quelques fois, l’image relève d’un style Arte Povera, proche par exemple de l’esthétique d’un Miroslav Tichy.

D’autres fois, l’approche de l’auteur est plus élaborée. Le travail de composition au cordeau, un halo de noir sur le corps de la femme qui laisse bizarrement les bords plus blancs. Paradoxalement, en noircissant une partie de l’espace, on est encore plus attiré par le sujet central de l’image magnifiquement saisi.

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Il saisissait aussi des femmes dans la rue à la volée avec un résultat tout aussi probant.

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Avec un mode opératoire complètement différent mais qui s’inscrit toujours dans l’expression de la même obsession pour le corps des femmes, Fieret s’appropriait aussi des images de magazines porno qu’il re-photographiait et recadrait avant d’y apposer sa signature.

Dans la même veine formelle, l’autre grand axe de l’œuvre exposé est l’appropriation par Fieret de ses photographies familiales. Dans ces travaux, l’artiste recompose à sa guise l’archive familiale. Il met en lumière certains membres de sa famille en en plongeant d’autres dans le noir, notamment le père et les sœurs.

Nul doute qu’un psychanalyste ferait son miel de ce travail. Ce qui nous intéresse, c’est surtout le rendu de ces images assez intrigantes. L’ambiguïté inhérente à toute image qui veut cacher est de mettre en lumière ce qu’elle veut dérober à notre regard. Les figures familiales de Fieret sont recouvertes d’un voile sépia qui les fixe et semble les neutraliser à jamais dans le passé de l’artiste.

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Les images les plus troublantes de ce travail sur les figures familiales sont probablement les images individuelles et celles des enfants.

Les figures peinent à émerger. Le gros plan, le grain, l’ombre des visages tendent l’ensemble vers une forme d’abstraction. Il s’agit là de figures dé-figurées par l’artiste. Ces images font songer à certaines images bouleversantes  de Christian Boltanski. L’on ignore toutefois de quel chaos les images de Fieret peuvent émerger.

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Le troisième axe de l’exposition nous ramène à la surface des images. Là où les obsessions de l’artiste prennent un tour plus directement existentiel. L’originalité de Petrus Fieret est d’avoir su transfigurer ce questionnement existentiel en formes abstraites mais néanmoins intelligibles.

Quelques fois, ce travail prend la forme figurative d’une signature envahissante  apposée à plein d’endroits possibles sur les images. Avec une préférence sur des parties de corps montrés.

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Fransesco Zanot dans le catalogue de l’exposition évoque assez justement à propos de ces signatures « Elles deviennent des sujets. Tels des tatouages calligraphiques, elles s’inscrivent sur la peau des personnes et la matière des objets photographiés de manière indélébiles ».

D’aucuns affirmeront qu’il s’agit là d’un gimmick répétitif et lassant d’un esprit dérangé. Toutefois, on ne peut nier le travail de l’artiste transformant ses obsessions en abstractions, c’est à dire en œuvres d’art.

D’autres fois, Fieret nous dérobe le sujet de l’image rendue ainsi à son statut de palimpseste. Là, il recouvre de sa signature littérale son autoportrait. Ailleurs, la surface craquelée simule une signature figurée. Dans les deux, la présence de l’artiste qui entrave le sujet photographié est immanente.

Si l’on songe à la valeur hypertrophiée de la signature en art aujourd’hui, pour un peu ces travaux nous feraient sourire. Ce serait toutefois faire un contre-sens d’en accorder cette intention critique à l’artiste.

Ainsi, l’œuvre foisonnant de Gerard Petrus Fieret relève d’une quête à la fois existentielle et photographique. La jonction des deux se matérialise par un désir forcené d’apparaitre à la surface de l’image soit par manipulation ou par apposition de sa signature.

Se signalant par cette présence envahissante, il semble nous crier sourdement « Je suis là ».

Ce n’est pas le moindre intérêt de l’exposition que de lui offrir cette tribune.

Le site du Bal : http://www.le-bal.fr/2016/04/gerard-petrus-fieret

Le catalogue de l’exposition : http://exb.fr/fr/le-catalogue/275-gerard-petrus-fieret.html

 

« Un soir j’ai assis la beauté sur mes genoux » Le bar Floréal.photographie : 1985-2015 au Pavillon Carré de Baudoin.

Ainsi, se termine l’aventure du Bar Floréal. L’aventure photographique des membres du collectif, elle, continue. Et l’on souhaite qu’elle dure le plus longtemps possible.

En pénétrant les salles du Pavillon Carré de Baudoin qui abrite actuellement une exposition consacrée à l’aventure du Bar Floréal, on est d’emblée attiré par un mur d’images en forme de mosaïque qui accueille un ensemble d’images témoins de cette aventure.

En plus de l’aspect esthétique de l’ensemble qui rappelle des collages de Harry Callahan, on est ému par la vision de ce condensé de 30 ans d’aventures photographiques et de tout ce que cela peut évoquer d’histoires humaines.

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Extrait du cartel :  » Mais ici pas de mur de Lamentations. Certains arrivent à s’en sortir. Et c’est tant mieux. »

De l’autre coté de ce mur, des travaux très divers des membres de ce collectif parsèment les murs. De plus grand format cette fois, des assemblages d’images qui font surgir la singularité des regards qui composaient le collectif.

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Crédits : J-P Vallorani, Ivresse, Alger, 2004. Nicolas Quinette, le singe, Bénarès, 2006. André Lejarre, Usine Citroën en grève, Aulnay-sous-Bois, Mai 1982. Mara Mazzanti, Erika prostituée dans le bois de Boulogne, 2011. Laetitia Tura, La Valla, Aguadu, Melilla, 2008.

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Dans la suite du parcours est exposé le riche travail d’expositions, de sensibilisation, d’édition et de productions d’œuvres des 30 années d’existence du Bar Floréal.

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Pêle-mêle on y voit avec plaisir, des affiches d’expos, des images de vernissage d’une exposition sur Belleville avec Willy Ronis et Robert Doisneau, des images d’une série « Images de la Femme ».

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Par la suite, dans les escaliers on peut aussi voir aux murs ce qu’il ne s’appelait pas encore des newsletters, les brochures des programmes du collectif.Sur l’une on trouve un court texte de Julien Gracq. C’était une autre époque semble-t-il.

L’on arrive ensuite dans la dernière partie de l’exposition consacrée aux travaux récents  réalisés par les membres du collectif.

Parmi les séries présentées domine le thème de l’intime. Contrairement à une idée reçue peut-être, le collectif n’œuvrait pas seulement dans le champ social. De fait, au regard des séries exposées, le travail sur des thèmes de société et de l’intime ne s’excluent pas. Au contraire, l’un sublime  bien l’autre. C’est une évidence aujourd’hui, c’est en évoquant l’intime que l’on touche à l’universel.

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Un automne en hiver. Frontière Espagne-Portugal 1993. De la série Vagabondes d’Eric Facon.

 

 

Des formes et des récits différents se donnent à voir. Eric Facon suit le rythme des saisons au gré des paysages et des personnes qu’il rencontre pour former un récit fragmentaire, d’autres comme Bernard Baudin dans « lignes de vie » tient un journal en images de sa vie de cheminot et de photographe. Il y narre au fil des 40 dernières années les évolutions de son métier et de sa pratique photographique.

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Bernard Baudin, Lignes de Vie, 1976-

 

Quant à André Lejarre, dans la série « 3 artistes de l’atelier du non faire », il expose son travail sur l’atelier aujourd’hui fermé et qui abrite toujours 8 000 peintures réalisées par des anciens patients psychiatriques. A trois d’entre eux, Antoine, Sabine et Shiki il a demandé de travailler sur leurs portraits photographiques. Ce travail proche de l’art brut dénote la générosité et l’engagement citoyen du photographe dans sa pratique photographique.

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Ensuite une série exposée retient plus spécialement l’attention. Il s’agit du journal intime de Nicolas Quinette entre janvier 2015 et janvier 2016. Dans ce travail à la manière d’un diariste-photographe, le photographe prélève des images, fortes ou moins fortes, de sa vie et de celle de ses proches qu’il noircit de ses écrits à la marge des images.

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Disons le directement, certaines images de cette série produisent un effet proche de la sidération. L’intime ainsi exposé est difficile à appréhender par le regardeur. Être quelque peu choqué ou fasciné par une image, n’est certes pas l’état idéal pour recevoir l’image dite. Cependant, passé ce premier état de choc, on reste toutefois admiratif devant l’exercice d’honnêteté absolue du photographie qui ainsi (s’)expose et se livre pleinement à notre regard bienveillant.

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Ainsi, se termine l’aventure du Bar Floréal.

L’aventure photographique des membres du  collectif, elle, continue. Et l’on souhaite qu’elle dure encore longtemps.

Le lien vers le lieu : http://www.carredebaudouin.fr/2016/04/le-bar-floreal-2/

 

 

 

 

 

Melos de Guillaume Lebrun à la galerie Intervalle.

Il n’y a pas que dans le centre de Paris que l’on peut trouver de bonnes galeries de photographie. Preuve en est, le programme de la galerie Intervalle qui expose actuellement la série Melos de Guillaume Lebrun et qui invite fortement à se déplacer à l’est de Paris.

Plus loin que le quartier de Belleville où se trouve la galerie, mais toujours vers l’est, c’est justement le voyage auquel nous invite cette exposition.

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A l’instar des travaux  de Stéphane Duroy sur la mémoire de l’Europe, cette série s’articule en forme de journal de voyage un peu particulier qui puise son inspiration, c’est à dire ses interrogations, dans les rapports entre l’histoire et le présent de ces régions d’Europe du sud-est.

Pour ce faire, ce voyage entrepris entre 2006 et 2012 et qui va d’Istanbul à Thessalonique en passant par la Bulgarie, combine des portraits vivants et des fragments inertes du passé de ces régions parcourues.

Un vaste territoire que le photographe tente d’appréhender à l’aide d’une variété de moyens offerts par le langage photographique : portraits, couleur & noir et blanc, photographie de rue, paysage etc.

Les fractures de l’histoire sont d’emblée montrées dans les traces que celles-ci laissent dans le paysage extérieur ou intime : Monuments abimés par le temps ou par l’histoire ou d’autres que l’auteur dérobe à notre regard en les laissant voilés à l’arrière-plan.

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A ces utopies échouées, religieuses ou politiques, désirées ou imposées, répond un ensemble de portraits magnifiques de jeunes gens, à qui désormais semble incomber la singulière mission de se créer ses propres utopies, c’est à dire se construire un avenir qui tienne debout.

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Le site de la galerie : http://www.galerie-intervalle.com/expositions/melos

A signaler le beau livre aux éditions Filigranes : http://www.filigranes.com/livre/melos/

Mention particulière aux tirages magnifiques de l’exposition réalisés par Jean-Pascal Laux pour le noir et blanc et Diamantino Labo Photo pour la couleur.

 

 

Looking for Woodman

Hommage à Woodman en forme de mise en bouche avant d’aller à la fondation HCB.

Quelques mois avant sa mort, Fransesca Woodman a publié à Rome un livre intitulé « Some Disordered Interior Geometries », Synapse Press, 1981. Tiré à 500 exemplaires et aujourd’hui hors de prix, ce fut le seul livre publié de son vivant.

Sur un canevas de livre d’exercices de géométrie, elle y insère 16 photographies. Ces photos aujourd’hui très célèbres, qu’on s’apprête peut-être à voir ou revoir à la Fondation Cartier-Bresson qui consacre une exposition à l’artiste américaine disparue.

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Écrit à la main sur du Tippex « These things arrived from my grandmother’s they make me think about where I fit in this odd geometry of time. This mirror is a sort of rectangle although they say mirrors are just water specified ».

Dans son essai « Sur la photographie », écrit entre 1973 et 1977, Susan Sontag  classait sommairement les types de pratiques photographiques en deux catégories. Celles qui tentent de mettre un peu d’ordre dans le chaos de ce monde et les autres, celles qui tentent de réfléchir ce chaos.

Il me semble, que cette page du livre de Fransesca Woodman, est à l’intersection de cette typologie.

Comme dans tout le reste du livre, elle y met en scène le caractère irréductible du chaos de son corps-monde à l’ordre froid de la géométrie. C’est ce qui rend ce travail terriblement émouvant.

Pour aller plus loin : http://designobserver.com/article.php?id=34288

 

 

Terres d’exil de Jean-François Joly à la Mep.

Ainsi, dans la continuité de son travail sur les marginaux, les toxicomanes et les exilés de l’intérieur et de l’extérieur, cette fois-ci Jean-François Joly documente en une trentaine de tirages en noir & blanc réalisés en Europe les conditions de vie des Roms en Roumanie, au Kosovo, en France et en Macédoine entre 1998 et 2013.

Après avoir évoqué dans un précédent billet l’exposition « So long China 1982-2015 » de Patrick Zachmann, continuons la revue par l’autre exposition phare de la Mep actuellement « Terres d’exil » de Jean-François Joly.

Ainsi, dans la continuité de son travail sur les marginaux, les toxicomanes et les exilés de l’intérieur et de l’extérieur, cette fois-ci Jean-François Joly documente en une trentaine de tirages en noir & blanc réalisés en Europe les conditions de vie des Roms en Roumanie, au Kosovo, en France et en Macédoine entre 1998 et 2013.

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Premier constat factuel à la vue de ces images, ces conditions sont peu ou prou les mêmes dans l’ensemble de ces pays. Évidemment, il serait tentant d’arguer qu’il s’agit là d’une focalisation partiale et partielle de la part du photographe ou du regardeur. Cependant, un rapide coup d’œil à l’un des camps de Roms à la périphérie de nos villes  suffirait de nous instruire  à ce sujet.

Sous les auspices des pionniers de la photographie sociale, notamment les américains, et des moyens esthétiques mis en œuvre dans ce travail : le noir & blanc qui happe le regard en évitant de le distraire, l’arrière-plan flou qui rejette quelque peu les contextes comme autant de justifications locales, la frontalité des regards.

Ces moyens s’avèrent aussi efficaces que moralement soutenables lorsqu’il s’agit de montrer dans quelles conditions de misère des gens peuvent vivre aujourd’hui.

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Pour autant que ce travail soit nécessaire dans le contexte social et politique actuel en Europe, la force et la vigueur de ces images nous rappellent surtout et d’abord que le regard est toujours affaire de morale et que la morale en photographie est surtout affaire d’esthétique.

Outre la beauté du rendu résultant de  ces choix, ces travaux nous rappellent aussi à l’essentiel. Il n’y pas de communauté de réprouvés pré-existante mais seulement des individus privés de leur singularité au sein de leur environnement et à nos propres yeux.

A la mesure de ses moyens esthétiques, tout l’art du photographe est ici de la leur restituer. Et il y réussit admirablement.

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«Terres d’exil», à la Maison européenne de la photographie (MEP) jusqu’au 5 juin : http://www.mep-fr.org/evenement/jean-francois-joly-terres-dexil/

A signaler un diapo très intéressant publié dans Libé : http://next.liberation.fr/arts/2016/04/08/jean-francois-joly-sur-la-route-des-roms_1444388.

 

« Single Cuts » de Katrien de Blauwer à la Galerie les Filles du Calvaire.

Ceux qui ont aimé le livre qui a permis de découvrir l’œuvre de l’artiste flamande Katrien de Blauwer « I do not want to disappear silently into the night », publié par  Giuliana Prucca des éditions Avarie,  devront visiter avant le 18 juin prochain l’exposition « Single Cuts » à la Galerie les Filles du Calvaire.

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L’artiste y expose un corpus d’images  découpées dans des magazines anciens. Le contexte originel y semble maintenu, il fait même partie de l’œuvre. Ce travail de détournement  d’un banal papier jauni en contexte d’œuvre artistique est aussi émouvant que la confrontation des images découpées.

Ainsi, la temporalité à l’œuvre y est dédoublée. La confrontation sourde à la surface  des images est enracinée dans le vieillissement du  sous texte/contexte de papier jauni. L’ensemble exhalant un parfum inéluctable d’une certaine mélancolie.

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La subtilité des rapprochements effectués par ce travail de découpe et sa puissance évocatrice donne parfois l’impression de parcourir les photogrammes d’un film.

Un film fait d’un corpus d’images prélevées dans un temps ancien et condamné sous nos yeux à y rester ou à y retourner.

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En conservant le contexte originel des images, l’artiste fait le choix vénéneux  de supprimer tout hors-champ. Le seul hors-champ possible à ces images est le seul temps qui est passé, qui continue de passer en sous-texte  de l’œuvre tel un Memento-Mori.

De façon heureuse, cette promesse qui sous tend le travail de Katrien de Blauwer se pare aussi parfois des atours d’une forme de tension érotique bienvenue.

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Le site de la galerie : http://www.fillesducalvaire.com/fr/current/1146

Le site de l’éditeur : http://www.avarie-publishing.com/#kdb