Dove Allouche à la Fondation Ricard

On ne va pas à la Fondation Ricard comme au moulin tant leurs expos autour de l’art conceptuel transdisciplinaire le plus pointu sont peu évidentes d’accès.

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On ne va pas à la Fondation Ricard comme au moulin tant leurs expos autour de l’art conceptuel transdisciplinaire le plus pointu sont peu évidentes d’accès.

Un coup d’œil à brochure de l’exposition de quatre pages citant pêle-mêle Derrida, Damisch, Sontag etc… a de quoi effrayer le plus téméraire des visiteurs. D’autant plus qu’en l’absence de tout cartel, la lecture de la brochure s’avère nécessaire pour saisir les clés de compréhension des œuvres de Dove Allouche exposées ici.

L’exposition s’organise autour de deux  types d’œuvres :

Les œuvres de dessin :

A droite dessin de la série Over the Rainbow graphite, encre sur papier et verre soufflé.

A gauche dessin de la série l’enfance de l’art. Hématite, encre sur papier et verre soufflé

Puis sont exposées deux séries d’œuvres utilisant des techniques photographiques :

La série Sunflower étain et argent pur sur papier Cibrachrome,

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Pétrographies* RSM 1 tirage argentique. Il s’agit de fines lamelles de stalagmite, provenant de la grotte de Remouchamps en Belgique, agissant comme des négatifs, dont l’image est projetée et l’échelle démultipliée grâce à un agrandisseur photographique.

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Au regard de la variété et de la sophistication des techniques utilisées et des références scientifiques du projet, il est malaisé de distinguer de prime abord les intentions de l’artiste.

Et puis, en examinant un temps ces images qui elles-mêmes tentent de fixer le temps sous nos yeux, il semble peu à peu évident que la photographie selon Dove Allouche n’est que mise en lumière de l’interaction de la chimie et du temps à l’œuvre. Autrement dit, l’artiste montre un processus photographique mis à nu.

Ainsi, par le truchement de matériaux et minéraux anciens : stalagmite, étain et argent, il saisit l’actualité de la photographie dans sa résistance à l’écoulement du temps. Aussi, qu’est-ce qu’un stalagmite sinon du temps gelé. Ce même temps gelé fixé et remonté à la surface d’image.

Saisir une actualité de la photographie d’avant la photographie, Une chimie préexistante à la photographie et qui se prolonge à travers elle et donc une permanence de celle-ci, c’est bien là l’objet de cette exposition.

En travaillant à la surface de l’image, Dove Allouche puise profondément dans le mystère de l’image révélée.

*Pétrographies : http://pétrographie/

Le site de la Fondation Ricard : http://www.fondation-entreprise-ricard.com/Expositions/view/112-dove-allouche-exposition

 

 

 

Dans l’atelier, l’artiste photographié au petit Palais

L’imposante exposition organisée par les Musées de la Ville de Paris au Petit Palais (plus de 400 photographies) se veut la première exposition de cette ampleur sur un sujet plus souvent traité de façon partielle précédemment, les photographies d’ateliers d’artistes. En effet, il est rare aujourd’hui qu’une petite section photographique soit absente d’une exposition de peinture ou de sculpture.

L’imposante exposition organisée par les Musées de la Ville de Paris au Petit Palais (plus de 400 photographies) se veut la première exposition de cette ampleur sur un sujet plus souvent traité de façon partielle précédemment, les photographies d’ateliers d’artistes. En effet, il est rare aujourd’hui qu’une petite section photographique soit absente d’une exposition de peinture ou de sculpture.

Afin d’aborder un tel sujet qui embrasse toute l’histoire de la photographie de ses débuts jusqu’à nos jours, les commissaires de l’exposition présentent un parcours organisé en trois thèmes principaux : L’artiste en majesté, La vie dans l’atelier et Méditations photographiques.

Le découpage thématique ne brille pas par son originalité mais s’avère assez pertinent pour embrasser un parcours aussi touffu et dense.

La bonne idée des commissaires a été de rompre la monotonie en osant des rapprochements thématiques plutôt que chronologiques.

Le résultat de ces mises en perspective achroniques est assez heureux en ce sens qu’il permet de dégager des préoccupations communes par delà les époques et des postures sociales des uns et des autres.

Le début de l’exposition coïncide peu ou prou avec les débuts de la photographie. Le potentiel de construction sociale de la photographie a été très vite saisi par les peintres et sculpteurs désireux de construire aux yeux du public une image studieuse ou de prestige.

Le maitre en la matière est bien Edmond Bernard. Sont présentés plusieurs tirages de sa série de vues d’ateliers d’artistes contemporains (Artistes chez eux) faites dans la deuxième moitié du 19ème siècle.

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Plus loin, la photographie a pour but simplement de tenter de percer la mystère de la création dans l’atelier. Cette chimère poursuivie sans relâche depuis par de multiples photographes ou documentaristes.
Entre temps, la photographie a aussi accompagné à l’extérieur les peintres peignant sur le motif au plus près de la nature comme ici Camille Corot en 1871 saisi par Charles Desavary dans une savante mise en scène naturaliste du peintre abrité sous un parasol les cheveux au vent.
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Ainsi, si la photographie quitte l’atelier en compagnie de l’artiste elle ne quitte pas, loin s’en faut, une visée documentaire de simple mise en valeur de la geste créative.

De retour à l’atelier, quelques uns comme Léon Gimpel instille aussi de la fantaisie et un brin d’impertinence dans le tableau. Ici, chez le sculpteur Hypersens ( ça ne s’invente pas) dans un bel autochrome de 1911.

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Puis vient le thème du nu d’atelier, vaste sujet. Il semblerait en effet que la mise à nu du geste créatif soit souvent réduite à la mise à nu du modèle. Et ce thème est assez bien représenté. Le nu étant sans doute un biais aisé pour amener le public à s’intéresser à l’intimité de l’atelier.

Parfois, des images étranges surgissent dans le parcours, comme cette image d’anonyme chez le sculpteur. Rarement dans le parcours de l’exposition on ne peut se rendre compte, comme ici, à tel point que la création a à voir avec le désir.

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Aussi, quelques photos de l’atelier de Jeandel sont présentées pour le plus grand plaisir des amateurs.Le désir y était plus contraint.

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Doucement mais surement tout au long du parcours, percent des signes  d’autonomisation croissante de la photographie.

En effet, à la question sous-jacente de l’exposition, peut-il cohabiter deux créateurs, un photographe et un artiste, dans l’atelier photographié? La réponse positive la plus évidente surgit dans les autoportraits. En bas, à gauche Helmut Newton et à droite un auto portrait de Daniel Boudinet à l’agrandisseur. Ce ne sont plus seulement des peintres ou des sculpteurs au travail dans l’atelier mais des photographes.

Ainsi, ce à quoi on assiste en parcourant l’exposition c’est bien à la prise de pouvoir du photographe dans l’atelier. Il ne s’agit plus d’un rôle assigné au photographe d’atelier de subordonné mais de l’émergence dans l’atelier de création du photographe et de sa prise de pouvoir. A l’égal des autres artistes.

Le site du Petit Palais http://www.petitpalais.paris.fr/fr/expositions/dans-latelier

 

Malick Sidibé 1935-2016.

La nouvelle a été annoncée il a quelques heures, le photographe malien Malick Sidibé s’en est allé hier le 14 avril chez lui à Bamako.

La nouvelle a été annoncée il a quelques heures, le photographe malien Malick Sidibé s’en est allé hier le 14 avril chez lui à Bamako.

En tant que porte-étendard de la photographie africaine vue d’occident, sa disparition va laisser un grand vide et peut être aussi libérer des jeunes photographes africains de sa figure tutélaire un peu écrasante.

Il me revient un souvenir d’une déambulation à la foire Paris Photo il y a quelques années. Passant près d’un stand d’un éditeur, je profite de la présence de Malick Sidibé pour me faire signer un livre de ses photographies. Le vieux monsieur qui semblait un peu absent ou fatigué, gribouillait un signe sur la page de garde et l’assistante du libraire « personnalisait » la dédicace.

En quittant le stand mon livre sous le bras, je n’étais pas très fier d’avoir participé à cette mascarade.

 

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Vue de dos 2001. Malick Sidibé.

DaidoTokyo, Moriyama à la fondation Cartier

Prise dans une frénésie commerciale, d’expositions en livres chaque jour plus nombreux, de produits dérivés en print shows, l’œuvre indéniable de Moriyama

D’expositions en livres chaque jour plus nombreux, de produits dérivés en print shows, l’œuvre indéniable de Moriyama, pris dans une frénésie commerciale, semble de plus en plus se dissoudre dans une médiocrité mercantile alimentée par sa frénésie d’images.

Hélas, une visite à l’exposition Daido Tokyo par Daido Moriyama à la fondation Cartier vient confirmer ce sentiment.

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En effet, un pêle-mêle décoratif de tirages grand format avec des images couleur sans relief ni profondeur fait ici office d’exposition qu’un accrochage stérile échoue à mettre en valeur (était-ce possible?) . Bref, c’est une déception pour ceux qui attendent encore quelque chose des expositions du photographe japonais.

Heureusement qu’une bonne surprise nous attend au rez-de-chaussée atténuant quelque peu la déception.

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Ainsi, à partir d’images récentes caractéristiques du style Moriyama, n&b sale et hyper contrasté à la recherche de signes cohérents dans un empire du chaos, sont présentées des projections vidéo de ses photographies, deux par deux et côte à côte sur deux grands écrans.

Avec un montage dynamique et des juxtapositions judicieuses cette projection rappelle heureusement que malgré son exploitation outrancière le talent du vieux photographe ne semble pas encore tout à fait dévitalisé.

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Exposition Daido Tokyo par Daido Moriyama jusqu’au 5 juin

Le site de la fondation Cartier www.fondation.cartier.com/

Festival Circulations au 104.

Circulations s’installe dans le paysage photographique parisien depuis plusieurs années et c’est très heureux

Circulations s’installe dans le paysage photographique parisien depuis plusieurs années et c’est très heureux. Dans un contexte où des festivals de photographie ferment ou sont annulés comme Photoquai, l’existence de Circulations qui met en avant dans des conditions décentes de présentation de jeunes photographes est encore plus nécessaire.

Première remarque, la dilection plus qu’avérée des jeunes artistes pour les dispositifs de monstration très élaborés. Parfois, cela se justifie, d’autres fois cela semble biscornu. On imagine assez bien un jeune photographe présentant bêtement son travail sur un mur, sans fioritures, se faire traiter de dinosaure par ses confrères. Soit.

Cependant, quelques coups de cœur sont à signaler. Il s’agit d’une sélection toute personnelle, bien évidemment, les propositions sont plus larges et variées et il y en a pour  tous les goûts.

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La visite commence bien avec la restitution de la résidence de deux artistes  espagnols Borja Larrondo et Diego Sanchez exposés dans la tour près de l’entrée. Leur travail définit de façon limpide ce que l’on savait déjà c’est à dire que rien ne ressemble plus à un quartier stigmatisé qu’un autre quartier stigmatisé. La bonne surprise c’est que l’utopie peut subsister dans les esprits des habitants même lorsque celle-ci s’est échouée contre du béton. Les utopies passent et s’abîment, les habitants de ces utopies restent et survivent.

Les signes d’une inscription positive des habitants des quartiers Orcasur de Madrid et de La Courneuve près de Paris dans leurs environnements respectifs meurtris, à la fois semblables et lointains, jalonnent l’escalier étroit qui mène en haut de la tour et dans un joli mouvement allégorique nous invite aussi à prendre de la hauteur par rapport aux clichés connus.

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L’installation de l’exposition habite assez bien le lieu.

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Par la suite, la sélection du jury recèle une bonne surprise, la série Arctic Coal d’Anna Filipova. Des photos de mines de charbon sur île perdue à la lisière de la Norvège et de la Russie. Pas très original sur la forme mais c’est du beau n&b documentaire comme on l’aime.

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Enfin, dans l’une des salles latérales, se trouve le clou de cette édition de Circulations, la série les Mers intérieures d’Aglaë Bory. Cette série montre des hommes et femmes contemplant la mer. En les regardant, on ressent d’abord une petite gêne à s’immiscer dans les rêveries d’autrui puis très vite c’est à notre propre contemplation que par effet de miroir nous invite ces images. Et dans la cohue d’un festival c’est assez délicieux.

 

Le site d’Aglaë Bory http://aglaebory.com/HOME/page22.html

Le site de Anna Filipova http://www.anfilip.com/north-of-the-map/

Le site de Aquellos de Esperan Borja Larrondo et Diego Sanchez http://www.aquellosqueesperan.org/

le site de Circulations http://www.festival-circulations.com/

 

 

Nicholas Nixon « Old & New » à la galerie Eric Dupont

De Nicholas Nixon, tout le monde connait au moins une série de lui même sans le savoir. En effet, The Brown sisters sont à Nicholas Nixon ce que les sœurs Brontë sont à la littérature anglaise, un chef d’œuvre et un jalon important.

De Nicholas Nixon, tout le monde connait au moins une série de lui même sans le savoir. En effet, The Brown sisters sont à Nicholas Nixon ce que les sœurs Brontë sont à la littérature anglaise, un chef-d’œuvre et un jalon important.

 

Dans le cas de N.Nixon, ça peut être aussi l’arbre qui cache la forêt.

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La galerie Eric Dupont propose de (re)découvrir des œuvres moins connues de son auteur avec d’autres que l’on a plus l’habitude de voir.

http://mamessagerie.cg93.fr/service/home/~/?auth=co&loc=fr&id=5314&part=2

La première série exposée est une découverte, pour moi en tout cas, il s’agit a priori d’une série des années 80/90 où l’auteur a suivi des malades du Sida à l’hôpital. Je dis a priori, car la galerie n’a pas jugé utile d’apposer des cartels près des images. Pourquoi pas après tout, cela permet aussi de se concentrer sur les images et ne pas être pollué par des indications. Sauf quand il s’agit de séries documentaires et ici c’est la cas. La série est assez émouvante, évidemment le sujet y participe grandement mais la douceur des tirages (on le sait depuis longtemps que Nixon est un spécialiste des beaux tirages au gris velouté) et la justesse des compositions font le sel de la visite.

La suite de l’exposition, on y revoit avec plaisir des images assez connues mais qui font toujours plaisir à voir.

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La fin de l’expo, est plus problématique, il s’agit des travaux les plus récents de l’auteur. La qualité des tirages est toujours là mais les images sont disons plus attendues.

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Le site de la galerie http://www.eric-dupont.com/exhibitions/cat_upcoming